Une vengeance, même aveugle, plat qui se mange toujours froid

Florent D. - 06.03.2014

Manga/BD/comics - Univers BD - samouraï - raton-laveur - japon


On peut être blanc et avoir l'air d'un ronin - ces samouraïs déchus. D'ailleurs, c'est plutôt conseillé : ça vous donne un faux air de créature faible et si l'on y ajoute une infirmité, alors le tableau est complet. Personne ne vous prend au sérieux et moins encore si vous vous baladez avec l'esprit d'un ancien maître, aujourd'hui mort, mais revenu parmi les vivants sous la forme d'un raton laveur pervers. Ah, ces créatures d'outre-tombe… 

 

 

 

 

Blind Dog est la dernière parution comico-japonisante chez Delcourt, et l'on ne saurait que trop conseiller à l'amateur en manque d'aventures farfelues d'y jeter un oeil. Tout commence dans une auberge, comme il se doit, où notre apprenti va commettre un véritable carnage - sous le bienveillant regard de son maître raton-laveur. Le fait est notable : qu'un aveugle parvienne à massacrer la population mal intentionnée d'une modeste auberge de campagne, ça vous a une sacrée gueule tout de même.

 

La suite, c'est la mise en chômage technique de l'une des serveuses de l'établissement, une certaine Maï, qui va se joindre à l'étrange duo. Non sans que le « sale bâtard blanc infirme », comme il se fait appeler, ait massacré - oui, c'est une manie récurrente - le propriétaire dudit établissement. Et voici que l'improbable trio parcourt les montagnes, les villages et les rizières pour une quête héroïque : tuer Maître Daa, un despote qui s'ennuie ferme au sein de son empire. 

 

Notez que, je dis rizière, pour faire couleur locale, mais je crois de mémoire qu'il n'y en a aucune. Soit.

 

Au milieu des trolls, des créatures type poulpe géant habitant dans un lac profond, l'apprenti va découvrir les joies de la vie en plein air, avec au menu massacres, morts et carnages. Le tout avec un sérieux pince-sans-rire - et pourtant désopilant. C'est que Maï est régulièrement victime du harcèlement sexuel de l'esprit raton, autant que de la bêtise crasse de son apprenti. 

 

Évidemment, rien de tout cela n'est bien sérieux, jusqu'à ce que… oui, la fin de ce premier tome, Rhapsody, laisse préfigurer un combat épico-grotesque, avec tripotée de cadavres déjà bien entamée en fin de volume, et renversement d'un pouvoir tyrannique dans le suivant. Hanna, Redec et Lenoble signent là une petite oeuvre pleine d'humour, avec un paroxysme quand interviennent les 9 agents vicieux des 9 péchés capitaux, dans lesquels on retrouve les traditionnelles incarnations auxquelles sont associés Mutella, « la pâte à tartiner du vice » et Lingerie Fine Horriblement Coûteuse, « le cauchemar de tous les amoureux ». 

 

Ami lecteur, tu l'auras compris, si tout cela ne se prend pas au sérieux, la BD taquine les nuages d'un humour potache et bon enfant - mais attention à ne peut-être pas mettre entre toutes les mains d'enfants, justement, ce tome. Blind Dog est une très agréable découverte, dont la couverture dévoile déjà tout le potentiel burlesque. Reste à découvrir le contexte politique complexe, et à se payer une bonne tranche de fou rire.

 

Blind Dog, à retrouver en librairie