Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

medias

Une ville indignée au Japon : Fukushima n'a jamais frappé les citoyens

Nicolas Gary - 08.05.2014

Manga/BD/comics - Univers Manga - manga - Fukushima - indignation


Trois années après la catastrophe de Fukushima, un manga dernièrement publié, et réalisé par Tetsu Kariya, provoque un véritable scandale. L'éditeur a tenté de défendre Oishinbo, la série que dessine le mangaka, mais c'est un véritable tollé qui emporte la communauté japonaise. En cause, un chapitre du manga qui présente des journalistes de presse écrite, qui enquêtent sur les radiations liées à la centrale de Fukushima, et relèvent différents symptômes auprès des habitants.

 

 

 

 

Sur la planche en question, les citoyens sont victimes de saignements de nez et d'une grande fatigue, ainsi que de différents maux de tête, comme l'explique le personnage Katsutaka Idogawa. Celui-ci était inspiré du maire de la ville de Futaba, située dans la préfecture de Fukushima. « Beaucoup d'habitants de Fukushima ont été affligés des mêmes symptômes. C'est juste qu'ils ne le disent pas ouvertement », assure le maire dans le manga. 

 

Dans le même temps, on empêche la presse de prendre des photos originales. Les journalistes, dans le manga, se plaignent alors de cette censure. Une situation qui semble proche de ce qui se serait réellement passé avec la Tokyo Electric Power Company, société en charge de la centrale. La firme avait en effet été accusée de vouloir contrôler et maîtriser toute la communication suite à la catastrophe.

 

Pour la municipalité de Futaba, ces insinuations seraient calomnieuses, et les autorités ont alors écrit à l'éditeur, la Shokagukan, considérant que le manga publié en feuilleton dans l'hebdomadaire Big Comics Spirits. Et la municipalité de rappeler que jamais les habitants n'ont fait état de pareils troubles. Les citoyens ont été évacués immédiatement après l'incident de Fukushima. 

 

Autrement dit, aucun saignement de nez n'a été inventorié. Chose d'autant plus étrange : le manga concerne plutôt la gastronomie, et paraît, sans heurts, depuis une trentaine d'années. « À cause de la publication de cet épisode, ce ne sont pas seulement les ex-habitants de Futaba mais aussi toutes les personnes de la région de Fukushima qui risquent d'être victimes de discrimination », explique la mairie, dans un courrier cité par l'AFP.  

 

Et le message est également relayé sur Twitter, un habitant niant de les saignements de nez.


 

Mais le rédacteur en chef de Big Comics Spirits a tenu à protéger l'auteur : son manga a fait l'objet d'un « reportage méticuleux », et a été vérifié. Les déclarations prêtées au maire de la ville, dans le manga, reflètent de véritables déclarations faites par le maire de Futaba. Et surtout, comme c'est indiqué dans le manga, les maux décrits par les personnages ne sont pas liés à une exposition aux radiations. Le médecin et spécialiste de la question, Eisuke Matsui, intervient en effet dans le manga pour le préciser. Toutefois, il précise que la connexion entre les saignements et l'exposition aux rayons n'est pas exactement égale à zéro...

 

« Nous tenons à souligner que les épisodes passés de Oshinbo ont clairement indiqué que ce serait une perte énorme pour les consommateurs s'ils rechignaient à manger des aliments originaires de Fukushima, et dont il a été démontré qu'ils étaient sûrs », ajoute l'éditeur du magazine.  

 

Tetsu Kariya n'envisageait pas tout le ramdam que provoquerait son fameux chapitre, tout en assurant qu'il était conscient de jeter un pavé dans la mare. « Je ne comprends pas pourquoi lorsque l'on écrit la vérité telle qu'elle est, cela doit être critiqué », promet le mangaka de 72 ans. « Tout le monde aurait sans doute été content de lire que Fukushima était sûr, sans problème et que la reconstruction avançait », mais il se défend de toute propagande, qui ne reposerait pas sur la vérité constatée.