We are Family (Notre belle famille) : entre Têtard et Mini-Troll

Florent D. - 23.05.2013

Manga/BD/comics - Univers BD - famille - bonheur - enfants


(ce papier sera maladroitement écrit en mémoire d'Artus de Penguern - pas un hommage, ce serait prétentieux...)

 

Je dis HALTE ! STOP ! ASSEZ ! MARRE de ces vies de familles heureuses et guillerettes qui en cette période de mariage pour tous vous explosent au visage comme un jet lapidaire survenu de la fenêtre du sinistre voisin d'à côté. Mais qu'ont-ils de plus que le monde Pavlenko et Valero à se mettre en scène dans la bonhomie joyeuse de leur tribu de primates à peine évolués ? Qu'est-ce que c'est que cette famille heureuse, qui suinte le bonheur comme un baba au rhum suinte le sucre ?

 

 

Alors, parce que l'on a un papa, une maman, et deux petits garçons, sobrement baptisés Têtard et Mini-Troll, qu'on a le sourire facile et la vie douce, il faudrait en éclabousser le public, au risque de paraître un tant soit peu vantard ? Est-ce que les personnes correctes et bien élevées, dans le respect de Dieu et la crainte de la faute d'expression, se pavanent tels des paons décérébrés ? 

 

Exhibe-t-on au tout-venant les petits secrets de son cocon familial comme pour revendiquer que l'on est une famille exemplaire, avec des enfants merveilleux ? NON ! Cette insupportable version modernisées de La petite maison dans la prairie, où le violon aux sanglots longs de Papa Ingalls a été troqué contre une BD - belle mise en abîme - dont la mère ne cesse de chercher le titre, est nauséabonde de mièvrerie. 

 

Et que penser de cette manie de présenter ses shorty rouge à petits coeurs blancs sur une couverture qui fleure bon le nombrilisme sans pudeur aucune. Quand on est heureux, on se tait, on se félicite en silence et l'on a la retenue de penser à ceux qui souffrent. 

 

Quant à cet anglicisme qui consiste à ouvertement plagier le titre d'une chanson de Sister Sledge, pour revendiquer le communautarisme effréné - parce que dans cette famille, on s'ouvre tout de même peu à l'altérité, que diable ! - il mériterait de passer sous le couperet de la loi Toubon, et que justice soit rendue à la langue française. D'ailleurs, on vous passe le vidéo-clip pour l'occasion.

 

 

 

 

La sortie de l'album ne coïncidant avec aucune manifestation ni revendication de quelque ordre que ce soit, on s'esbaudira de l'audace éditoriale, qui consiste à véhiculer un message aussi insupportable que dangereux : mariez-vous, ayez des enfants, et prospérez. On ne pouvait rêver pareil illustration du message biblique, il ne manque que l'archange Gabriel, alors que l'on vient tout juste d'en finir avec le Saint-Esprit, pour couronner l'écoeurante et débordante manifestation de bonheur.

 

Je ne vous salue pas !

 

ps : En revanche, pour la qualité des gags, et en acceptant le postulat du noyau familial, on passe un sacré bon moment avec cette BD... We are family, publié chez Delcourt, 13,95 €