Zyklon B : la minisérie d'Adam Cheal qui sent le soufre

Clément Solym - 07.05.2012

Manga/BD/comics - Comics - Zyklon B - Comics - Provocation


La lecture du titre, les quelques déclarations qui promettent du gore, la couverture, tout concourt au malaise. Et pour cause. Adam Cheal , scénariste de la minisérie au sinistre titre joue avec des codes bien nauséabonds. Pour n'en retenir qu'un, l'illustration de la couverture qui présente une jeune femme sous une pomme de douche assez inquiétante entre eau courante, traces sanguines et vapeurs verdâtres. Impossible de ne pas penser aux exactions du IIIe Reich. Pas étonnant dès lors de savoir que Cheal a mis un an avant de trouver dessinateur et coloriste.

 

Pourtant, à la lecture des six premières pages en consultation sur le site officiel, on reste perplexe. Le graphisme tout à fait habituel et la narration correcte mis à part, le scénario questionne. Pas d'imaginaire nazifiant dans cet incipit. Et si l'on voulait conjecturer, on pourrait dire l'inverse. Le seul personnage partisan de la « suprématie blanche » ennemi du « héros » passe un vilain quart d'heure en prison.

 

Spawn trash

 

Non, ce sont les codes du genre au regard de la thématique qui posent problème. Tout commence dans un asile façon pénitencier d'Arkham où malades mentaux et meurtriers sont enfermés côte à côte. L'influence de Batman est assez manifeste. On y découvre un criminel sous des traits vaporeux qui laissent présager d'un mutant comme dans tant d'autres franchises. Trois pages plus loin, le lecteur bascule dans une analepse montrant le personnage principal sous les traits d'un incarcéré –à tort – dans ses premiers jours en prison. Pour un peu on nous promettrait un récit à la sauce des évades de Shawshank. Excepté une bonne dose d'occultisme et de violence.

 

C'est finalement ce qui dérange le plus. Aux dialogues à la limite du mièvre des premières planches se substitue très vite une noirceur assez générale. Coincé entre un univers à la X-men et le roman noir, on peine à se situer même si l'on pourrait y voir un traitement louchant sur le Spawn de McFarlane. En conséquence, le titre malheureux évoque surtout le coup de pub jouant sur la provocation gratuite.


 

 

 

Mais là encore, les quelques propos qui percent du scénariste sur le web, laissent entrevoir une réflexion plus nuancée que la simple manipulation de symboles tabous. Dans quelques réactions sur le web, l'auteur montre encore une fois qu'il faut surmonter la première impression pour voir émerger autre chose. Ainsi, Cheal explique : « J'ai toujours été totalement immergé dans l'horreur toute ma vie. Et comme résultat, je n'imagine même pas que quelque chose puisse être choquant ». Et de citer une jeunesse gavée des productions de Wes Craven (Freddy, parmi d'autres), les bouquins d'épouvante de Clive Barker et la noirceur d'Alan Moore. Un brin sociopathe. 

 

Un gaz encore à l'oeuvre

 

Le propos est plus posé et invite à la discussion quand le motif de la provocation est abordé. « Quand les gens me disent qu'ils sont offensés, j'ai envie d'en savoir plus, envie de comprendre pourquoi ils sont offensés, ou, au pire, pourquoi ils pensent qu'ils devraient être offensés. »

Et de façon plus engagée, il poursuit : « J'ai utilisé ce titre pour faire réagir, pas choquer, mais faire réfléchir les gens. Le nom [du titre] n'est pas gratuit. C'est soutenu par le passé du personnage principal et l'arc historique entier. » Avant de rappeler comme une plus grande infamie, le fait que le sinistre gaz est toujours employé dans des exécutions aux États-Unis.

 

On notera d'ailleurs que le personnage meurt une première fois gazé par ce pesticide avant d'être réanimé. On tiendrait là un début d'engagement politique louable contre ce procédé. Au moins au regard du passé.

 

Pour rappel, le héros mi-gazeux mi-occulte n'est pas le premier à surfer sur une thématique délicate. Un autre Zyklon, personnage Marvel apparaissait dans West Coast Avengers. Tout aussi porté sur les pseudosciences maléfiques, ce super vilain-là s'arrangeait encore moins avec les sensibilités de certains lecteurs. Personnage ramené à la vie, il était la nouvelle incarnation du tristement célèbre Heinrich Himmler.   

 




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