Aliens, cartels et politique ; Batman chez les dieux celtes : 2 comics puissants

Librairie Momie - 14.11.2019

Comics - comics critique conseils - Batman Wonder Woman - langage violence humains


COMICS – Notre rendez-vous hebdomadaire reprend : tous les jeudis, ActuaLitté vous propose, en partenariat avec les librairies Momie, une escapade dans le monde des bulles. Des libraires, passionnés, nous présente leurs coups de coeur, en bande dessinée, manga ou comics. Et cette semaine, attention, nous sommes vernis !
 
Momie Grenoble 2
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 


Wonder Woman & Batman - La chute de Tir Na Nog, de Liam Sharp

 
par Evelyne Chambery de Momie Chambery

Les albums uniques, en One shot, ont toujours ça de plaisant qu’ils apportent une histoire finie et complète. Ici, c’est un duo connu, celui de Wonder Woman et Batman, grandes figures de DC Comics que l’on retrouve. Sauf que si la première semble parfaitement à son aise dans le cadre d’un univers celtique, le Dark Knight, pour sa part, bascule pour la première fois, probablement, dans un monde de fantasy.

Alors que se passe-t-il ? Eh bien, le monde de Tir Na Nog sombre : le dieu qui maintenait la cohérence et l’équilibre d’un territoire totalement isolé du monde a été assassiné. Un déicide qui menace l’ensemble des créatures qui vivent ici, laissant planer un chamboulement dévastateur.

D’autant que Tir Na Nog avait coupé les liens avec notre monde — volontairement ou non, il faudra attendre le dénouement pour le savoir… Sauf qu’avec la mort du dieu, les habitants, tirés de la mythologie celte, s’affaiblissent de plus en plus. Déjà que la disparition des rites et des croyances les avait rendus fragiles…



 
Un émissaire est mandaté pour quérir Wonder Woman (celui que l’on voit sur la couverture) : il faut trouver le coupable, et rétablir l’ordre. Deux factions s’opposent en effet : la première qui souhaite renouer avec les humains, l’autre qui préfère maintenir cet isolement. Rapidement, Wonder Woman comprend que pour démêler cette intrigue, elle a besoin du meilleur détective qui soit : Batman.
 
Un album en deux temps, qui établit un lien assez inédit entre les rues de Gotham City et ces paysages féériques : en effet, Batman enquête déjà sur des cas étranges qui agitent la ville. Et s’il se montre réticent à aider Wonder Woman, la connexion qui se fait entre Gotham et Tir Na Nog aiguillonne son instinct.

Servi par le dessin absolument sublime de Sharp, ce volume renoue avec les capacités d’enquêteur de Batman. Pas de gros muscules ni de combats sanglants, le duo fonctionne parfaitement avec une complémentarité exemplaire.

Ce parti pris d’utiliser la mythologie celtique plonge le défenseur de Gotham dans un contexte insolite : des centaures et autres créatures fantastiques, c’est du rarement, voire jamais vu ! Alors qu’on est plus accoutumé à ce que Wonder Woman évolue dans la fantasy. Lui déploie tout son talent de détective, dans un monde surprenant, foisonnant de détails naturels — bien loin des environnements urbains où il évolue d’ordinaire.

Le rythme est d’autant plus soutenu que porté par l’urgence à résoudre ce crime : Tir Na Nog est à un moment critique de son existence, prêt à s’autodétruire… L’ensemble est rehaussé par des pages à la limite de l’enluminure : une vraie merveille !


 

Barrier de Brian K. Vaughan

 
par Stef, de Momie Grenoble

Ça vient tout juste de sortir chez Urban comics, c’est signé Brian K. Vaughan, connu du grand public notamment grâce à la série Saga. Il avait sorti un premier titre dans cette même lignée, The Private Eye – une fable sur l’anonymat et l’intimité dans le monde d’Internet. Là il sort Barrier, illustré par Marcos Martín, un auteur espagnol qui vit aux États-Unis et travaille pour de grandes maisons comme DC.

À eux deux, ils nous racontent un duo, très improbable, très actuel aussi. Elle, s'appelle Liddy, elle est propriétaire d'un ranch au sud du Texas, elle a une pensée très à droite, et incarne vraiment un électorat trumpiste. Mais un drame a bousculé son petit confort. Elle essaie de faire bonne figure, mais le ranch ne va vraiment pas bien. Elle y retrouve même une tête de cheval décapitée et dépecée. Pas super rassurant. Très vite, elle saisit que c'est un message envoyé par un cartel, très intéressé par ses terres, pour passer la frontière.

De l'autre côté, Oscar : un personnage qui vient du Honduras et qui se retrouve lui-même à devoir prendre la route pour les Etats-Unis, sans que l'on comprenne très bien pourquoi. Pour lui, c'est compliqué parce qu'il parle espagnol et que ses paroles ne sont pas traduites. J'ai dû plonger dans un dictionnaire parce que je ne suis pas hispanophone. Mais c'est génial, parce qu'on est aussi confronté à la barrière de la langue. Et puis, alors qu’ils se retrouvent à regarder le ciel ensemble, des extraterrestres vont les kidnapper...



C'est un album puissant qui met en lumière cette barrière, autant que nos préjugés aussi. Lui la considère comme paumée, raciste, dans le rejet et la violence, et elle, pense que c'est un narcotrafiquant, un voleur. Mais l'un et l'autre vont devoir survivre sur ce vaisseau où rien ne leur est dit, rien ne leur est montré. Vient l'obligation de faire front commun alors qu'ils sont, littéralement, ennemis politiques.
 
L'album est super intelligent et très beau. On comprend très vite que nos deux héros sont en fait marqués par des choses violentes de leur vie personnelle. Il y a eu des drames dans le passé, personne ne naît idiot, violent ou bête, c'est une accumulation de petites choses. Vaughan a vraiment ce talent : parler de ce qui est très logique pour nous tous, et ça fonctionne.

Réalisé sous forme de strip, on est sur un format à l'italienne : originellement, l'album a été produit pour l'écran, avec un découpage qui n'a rien de classique, très cinématographique. Il multiplie les petites cases, on passe de l’une à l'autre par des regards, des non dits. Parce que justement il y a cette barrière de la langue, les changements se font autrement, par des plongées, des cadrages sur des ombres, sur des visages, sur des mimiques.

Ce qui marque également, c'est le travail sur les couleurs. Celles boueuses contrastent avec d'autres psychédéliques, pas du tout naturelles. On comprend alors qu'on a changé d'univers. Mais tout cela se fait très rapidement : au fil des cinq ou six chapitres, le rythme ne s'arrête jamais et tout s’enchaîne très vite. 



Retrouvez chaque semaine la chronique BD, comics, manga : les libraires en parlent avec les libraries Momie.
 


En partenariat avec les librairies Momie, ActuaLitté vous fait découvrir les coups de coeur des librairies en manga, comics et bande dessinée, et bien d'autres informations sont partagées sur leur blog.


Brian-K Vaughan, Marcos Martin, François Giraudet (Adaptateur), Jérémy Manesse (Traducteur) – Barrier – Urban Comics – 9791026819288 – 22,50 €

Liam Sharp, Romulo Fajardo (Coloriste), Thomas Davier (Traducteur) – Wonder Woman & Batman - La chute de Tir Na Nog – Urban Comics – 9791026817710 – 15,50 €


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