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Kaboul, rue des fleurs : Anne Amzallag, sans imposture aucune

Cécile Pellerin - 13.03.2018

Comics - Afghanistan - désarmement - récit de voyage


Récit de voyage, récit sur soi, romanesque à bien des égards, ce livre est inattendu. Eloigné de tout exotisme culturel, davantage témoin des conditions de vie des expatriés civils et militaires regroupés autour d’un programme onusien, il porte sur l’Afghanistan un regard très personnel, parfois cynique et déconcertant, d’une absolue sincérité.

 



 
 

Mais de cette expérience particulière et intime, Anne Amzallag, documentariste, saisit avec habileté l’atmosphère plus générale de la ville et des environs, offre au lecteur des images furtives de la vie quotidienne à Kaboul, alors en reconstruction en 2004.
 

Expressive à décrire une région dévastée, à faire vivre un état d’insécurité pesant, une absence de confort ;  précise à évoquer les solitudes des hauts fonctionnaires européens ou américains qu’elles fréquentent, sans concession pour dépeindre les relations sentimentales qu’elle entretient avec certains de ces hommes, âpres et parfois sordides, l’auteure ne dépossède le lecteur de rien. Elle  l’immerge totalement dans le chaos de la ville comme de sa vie intérieure, ne lui laisse pas le choix.
 

Happé par cette mise à nu, le lecteur, attentif et séduit, l’accompagne avec intérêt et au-delà du voyage en Afghanistan qu’il était d’abord venu chercher, il découvre une narratrice insolite, indéniablement aventurière, empreinte de dérision et d’audace. Bien réelle, fragile et instable. Eprouvée mais captivante.
 

“Personne ne vit vraiment normalement ici.”
 

C’est par le biais d’une petite annonce matrimoniale que la narratrice, réalisatrice de films, arrive à Kaboul en 2004. Elle s’installe, rue des fleurs, chez Warren, un Anglais d’une cinquantaine d’années en quête d’une relation amicale ou amoureuse. Un peu indécise sur le travail qu’elle pourrait elle-même réaliser en Afghanistan, elle accepte un sujet de film qu’il lui propose et commence à rencontrer des personnes investies dans un programme de reconstruction. Il s’agirait pour elle de filmer le désarmement d’un soldat afghan prêt à intégrer la société civile.
 

“Il est très difficile de rencontrer des gens ici, pas de cafés, pas de lieux, il n’y a pas vraiment de but de promenades, les étrangers vivent en vase clos, un vrai pays en guerre […] La nuit, il n’y a rien, les rues de Kaboul sont noires, peu accueillantes.”
 

Dans une ville en ruines où l’électricité urbaine est rare et peu puissante, où le couvre-feu empêche toute animation nocturne, il est assez difficile de rencontrer des gens. Néanmoins, l’auteure découvre un peu la région par le biais de Mahmoud, un ami Afghan de Warren et commence à filmer. Parallèlement, elle entre en contact avec des militaires et civils onusiens, découvre la mission DDR (Démobilisation, Désarmement et Réinsertion) et élabore un vague scénario.

“Je ne sais trop quoi filmer.”
 

Plus prétexte qu’autre chose (dans un premier temps en tout cas), ce projet de film l’occupe modestement mais lui permet de pénétrer un peu la société afghane, de rencontrer les ONG sur place, et les différentes agences onusiennes ; des hommes principalement.

Rapidement elle entretient des relations sentimentales, décousues et parfois glauques avec des Afghans et des expatriés, tente d’échapper à la tristesse et à la solitude du moment, s’attache à ces aventures sans lendemains.
 

“En deux mois ici, j’ai dû enlacer plus d’hommes qu’en cinq ans à Paris, voire dix ans.”
 

Cynique et lucide, parfois drôle mais sans compassion aucune vis-à-vis d’elle-même, elle compare sa vie à un champ de ruines, évoque des bouleversements intimes, un déséquilibre et une fragilité perceptibles. Mais, loin de se morfondre dans de ce mal-être, elle est capable d’en extirper une vivacité étonnante qui la mène naturellement à se lier aux autres et à dépeindre avec justesse et netteté l’ambiance particulière de ce pays en plein chaos.
 

Après cette lecture, le film réalisé par Anne Amzallag s’impose à nous. Il est visible ici :  DDR


Anne Amzallag - Kaboul, rue des fleurs - Maurice Nadeau - 9782862312699 – 19 euros
 




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