10.000 euros pour rendre justice au roman de Boualem Sansal

Clément Solym - 20.07.2012

Culture, Arts et Lettres - Récompenses - boualem sansal - roman arabe - rue darwin


L'écrivain Boualem Sansal, destitué du prix du roman arabe qu'il avait reçu en Juin dernier, vient de trouver un nouveau mécène pour palier à l'injustice : un anonyme suisse lui remet 10.000 euros.


 

Le roman de Boualem Sansal, Rue Darwin (Gallimard), connaît bien des frasques. Couronné par le prix du roman news en mai dernier, chez Publicis (voir notre actualitté), le sixième ouvrage du romancier continuait la belle route des récompenses avec le prix du roman arabe. Suite à une visite en Israël pour le festival international des écrivains de Jérusalem, les mécènes - organisateurs algériens ont décidé de destituer l'écrivain de sa dotation de 15.000 euros suite à la « trahison » qu'il venait de faire envers son peuple et son pays (voir notre actualitté).

 

« Moi, je ne suis pas en guerre contre Israël. Il faut qu'on travaille tous à la paix : politiques, intellectuels, étudiants… C'est pour ça que j'ai tenu à y aller. Pour montrer qu'il faut avant tout dialoguer, échanger », déclare Boualem Sansal à Libération. Privé du prix, de nombreux intellectuels français, dont les principaux membres du jury, s'étaient indignés. Olivier Poivre d'Arvor, juré, avait décidé de rompre avec le conseil des ambassadeurs arabes pour protester et de lancer une remise des prix symbolique chez l'éditeur, le 21 juin.

 

Aujourd'hui, un anonyme suisse a voulu rendre hommage à l'écrivain algérien en le dotant de 10.000 euros. Touché, Boualem Sansal a déclaré qu'il ne pouvait malgré tout pas accepter une telle somme et vient de décider de remettre l'argent à l'association « Un cœur pour la paix ». Un geste qu'il explique dans son interview à Libération : « Un de mes amis m'a fait découvrir il y a quelques semaines cette association […] Du coup, l'idée m'est venue de lui donner cette somme, qu'il était inenvisageable que je touche. J'ai bien pensé en faire profiter une association algérienne, mais la seule que je connaisse, Djazaïrouna, qui s'occupe des victimes du terrorisme, islamiste, mais aussi militaire (sans que ce soit réellement dit, bien sûr), est très critiquée, car elle dérange le régime. Du coup, elle est déchirée par des tas de conflits internes qui l'empêchent de bien fonctionner. J'avais peur que cet argent parte en fumée. »


Ce rendu de justice soulève aujourd'hui la polémique du conflit palestino-israélien qui vient interférer jusque dans les affaires littéraires. C'est aussi l'occasion pour Gallimard de revenir sur ce prix « volé » et d'organiser un événement beaucoup plus médiatique : un collectif d'écrivains se rassemble actuellement pour renforcer l'élan de solidarité envers Boualem Sansal et lui remettre à nouveau son prix, en septembre.

 

Heureux malgré tout, Boualem Sansal poursuit sa volonté d'une littérature « libre », sans frontière, hors des conflits politiques. Un nouveau projet est en vue depuis Israël : « En Israël, j'ai rencontré David Grossman, et je me suis dit que ce serait formidable d'organiser un grand rassemblement des écrivains pour la paix. J'ai lancé l'idée fin mai sur le site du Huffington Post et, depuis, c'est un déluge international ! Le Conseil de l'Europe est prêt à organiser l'opération. On est en train de faire la liste du noyau dur de ce rassemblement, qui sera annoncé début octobre à Strasbourg, où le Conseil de l'Europe organise le premier Forum mondial de la démocratie ».