24 jours relèverait de la 'tragédie grecque' selon Morgan Sportès

Julien Helmlinger - 25.04.2014

Culture, Arts et Lettres - Cinéma - 24 jours - Tragédie grecque - Morgan Sportès


Mercredi prochain sortira en salles le film 24 jours, la vérité sur l'affaire Ilan Halimi, du réalisateur Alexandre Arcady, qui raconte un sordide fait divers remontant à 2006. Il s'agit de celui du Gang des barbares, qui aura vu Ilan Halimi séquestré, torturé et finalement laissé pour mort par Youssouf Fofana et sa bande, parce qu'il était Juif et que ses ravisseurs auront imaginé que ce détail allait leur promettre une bonne rançon. Pour l'écrivain Morgan Sportès, qui a disséqué ce cas dans son livre Tout, tout de suite, le film donnerait dans la « tragédie grecque ».

 

 

 

 

Ce drame survenu le 20 janvier 2006 à Bagneux a fait couler le sang, et aussi de l'encre. Le roman-enquête de Morgan Sportès, publié chez Fayard, lui avait  d'ailleurs valu le prix Interallié en 2011. Comme l'explique l'auteur à l'approche de la sortie du film : « Quand on parle de la douleur d'une mère, on est dans la tragédie grecque, dans l'intime, l'émotion et les sentiments. C'est le parti-pris qu'a choisi le cinéaste. Moi, mon propos était politique, distancié, complètement différent. »

 

Selon l'AFP, le cinéaste Alexandre Arcady aura pris le parti de raconter cette histoire depuis le  point de vue de la mère de la victime, Ruth Halimi. Son fils s'est fait kidnapper à l'âge de 23 ans, alors qu'il s'attendait à passer du bon temps avec une demoiselle qui ne servait que d'appât pour celui que la presse aura nommé le Gang des barbares, des jeunes inconséquents issus de la banlieue parisienne. S'en est suivi pour Ilan comme ses proches, un calvaire de 24 jours.

 

Pendant ces trois semaines, la famille de la victime a reçu de nombreux appels téléphoniques de la part de la bande qui espérait une rançon. Une rançon dont le montant ne cessa de changer au fil des humeurs, revendication qui s'accompagna d'insultes, de menaces et autres photographies du jeune homme torturé. Au final elle ne reverrait plus Ilan vivant, tandis que ce dernier serait retrouvé nu et agonisant, dans un bois proche de la voie du RER C.

 

Des films et des livres

 

Si le fait divers est adapté pour grand écrans par Alexandre Arcady, le comédien Richard Berry en réalise un autre qui est attendu en salles pour le mois de septembre. L'écrivain Morgan Sportès en est le co-scénariste et la production devrait donc se rapprocher du livre primé. L'auteur confie : « Je ne juge pas, je montre. Je ne fais pas de psychologie. Pour moi, un fait divers est comme un microscope à travers lequel on regarde les maladies de notre société. »

 

Il soutient en outre que son roman « était une sorte d'archéologie des années 2005/2006, juste avant la crise. On voyait déjà une régression de la société vers les religions, avec l'impression de se retrouver au 16e siècle ! Et la régression d'un monde où tout est devenu mercantile ». Dans le cadre de sa rédaction, il a cherché à restituer les dialogues des ravisseurs, interrogé les inspecteurs de police, la juge d'instruction, lu les retranscriptions des coups de téléphones, correspondu avec certains membres de la bande...

 

En revanche, Morgan Sportès n'a pas interrogé la famille de la victime. une démarche qu'il justifie : « La mère d'Ilan a écrit son propre livre et elle a assez souffert. Mon roman était axé sur l'aliénation des ravisseurs. C'est un témoignage de l'effroyable vide que la société a laissé se creuser en son sein, du degré d'aliénation de ces jeunes, couplé à leur indigence intellectuelle. Fofana était une sorte d'éponge de tous les fantasmes primaires sur les Juifs, une espèce de pot pourri de tous les poncifs. Pour sortir du manichéisme, rappelons que c'est la famille de Fofana - de confession musulmane -, à Abidjan, qui a fait arrêter le chef du gang des barbares. »