À Cannes, la sélection officielle s'écrit avec de la littérature

Cécile Mazin - 17.04.2015

Culture, Arts et Lettres - Cinéma - Giambattista Basile - Festival Cannes - sélection officielle


La sélection officielle du 68e Festival de Cannes a été présentée ce 16 avril, sous la présidence de Pierre Lescure et de Thierry Fréamaux, délégué général. Plusieurs des films, issus de réalisateurs français, italiens ou asiatiques, qui dominent la compétition, sont cependant des adaptations de livres. Ou des œuvres fortement inspirées. Petit passage en revue.

 

 

Repair of the famous red carpet - Cannes Film Festival 2010

Jamie Davies CC BY 2.0 

 

 

Diversifiée, et pourtant avec quelque chose d'un peu inédit – probablement dû à la présence de Mad Max – cette sélection attire l'œil du lecteur vigilant. Par exemple, la présence de L'Asphalte, de Samuel Benchetrit, avec Isabelle Hupert, est une adaptation de son roman biographique, qui comptera cinq tomes, Les chroniques de l'Asphalte (chez Julliard). Écrivain et réalisateur, il était aux meilleures loges...

 

Comment ne pas évoquer non plus A Tale of Love and Darkness écrit par Amos Oz, dont la compagnie que possède Nathalie Portman a décidé de réaliser l'adaptation ? Sorti chez Gallimard, Une histoire d'amour et de ténèbres est traduit par Sylvie Cohen. 

 

D'ailleurs, même Mad Max, en soi, représente une manne pour l'édition : rappelons qu'à l'approche de la sortie du film, l'éditeur de comics Vertigo commercialisera à compter du 20 mai, trois comics – soit autant de préquels – au cours des trois prochains mois. Chacun abordera d'ailleurs un des personnages du film, et une édition spécifique, réunira dans un art books des illustrations également inspirées du film. 

 

Et inutile, évidemment, de commenter Le Petit prince, de Mark Osborne, qui provient directement de l'œuvre d'Antoine de Saint-Exupéry. Réalisé en stop-motion, cette production est présentée hors compétition, toutefois. 

 

 


 

 

Pareil pour la lecture que Justin Kurzel a pu réaliser de Macbeth, le drame de Shakespeare. Un vaillant guerrier autant que chef charismatique, le tout sur les champs de bataille au milieu des paysages de l'Écosse médiévale. « Macbeth est fondamentalement l'histoire d'un homme abîmé par la guerre qui tente de reconstruire sa relation avec son épouse bien-aimée, tous deux aux prises avec les forces de l'ambition et du désir. »

 

Sea of Trees est un ouvrage de Robert James Russell, que Gus Van Sant a donc porté pour le grand écran. « Un Américain et un Japonais se rencontrent dans la “Forêt des suicides” au Japon, là où ceux qui souffrent trop pour continuer à vivre mettent fin à leurs jours. Mais au lieu de se tuer, le duo se lance dans un voyage initiatique à travers cette forêt... »

 

Autre adaptation dont l'auteur et le réalisateur se confondent : Youth – La giovinezza, de Paolo Sorrentino, publié originellement chez Rizzoli. Son premier roman, Hanno ragione tutti (Ils ont tous raison), avait connu un formidable succès en Italie, avec plus de 150.000 exemplaires vendus, et fut publié et traduit par Françoise Brun chez Albin Michel.

 

 


 

 

Dans un tout autre genre, Tale of Tales est une libre interprétation des célèbres contes de Giambattista Basile. Il était une fois trois royaumes voisins où dans de merveilleux châteaux régnaient rois et reines, princes et princesses : un roi fornicateur et libertin, un autre captivé par un étrange animal ; une reine obsédée par son désir d'enfant... Sorciers et fées, monstres redoutables, ogre et vieilles lavandières, saltimbanques et courtisans, joyeux menu.

 

Marguerite et Julien de Valérie Donzelli n'est pas directement une adaptation, mais l'histoire du fils et de la fille du seigneur de Tourlaville a déjà fait couler de l'entre. Mêlant tout à la fois inceste et passion dévorante entre les deux enfants, elle avait notamment inspiré Jules Barbey d'Aurevilly, qui la reprenait dans Une page d'histoire, et Juliette Benzoni y avait largement puisé pour sa série de romans La Florentine.  

 

Autrement dit, la sélection officielle, et les films qui tourneront autour, ont profité de la littérature, et des publications d'auteurs devenus réalisateurs, ou encore dans d'immenses classiques de la littérature internationale. Personne n'osera dire que Macbeth et Le Petit Prince peuvent se mesurer, mais nul doute que leur notoriété dépasse largement les frontières.