À la Comédie française, le Misanthrope donne envie d'aimer tout le monde

Cécile Mazin - 22.04.2014

Culture, Arts et Lettres - Théatre - Molière - Le misanthrope - comédie française


Depuis le 12 avril, la Comédie française propose une version largement révisée, dans sa scénographie, du Misanthrope. Molière est remis au goût du jour dans une construction particulièrement riche, et ce, jusqu'au 17 juillet. Cette nouvelle mise en scène de la célébrissime comédie en cinq actes, et présentée en 1666, au Palais Royal. Toute une histoire, qui aura déstabilisé, en son temps. 

 

 

 

 

Le travail de Clément Hervieux-Léger est impeccable, pourrait-on dire, et ce comédien, entré dans la troupe de la CF en 2005, parvient à offrir un nouveau regard sur cette histoire pourtant connue.

Alceste aime Célimène, une jeune femme éprise de liberté, conduite, à la suite de son récent veuvage, à prendre les rênes de son salon. Hanté par un procès dont il redoute l'issue, Alceste se rend chez elle, accompagné de son ami Philinte auquel il reproche ses complaisances vis-à-vis de la société. Il souhaite que sa maîtresse se déclare publiquement en sa faveur.

Mais c'est sans compter l'arrivée impromptue d'un gentilhomme poète faiseur de vers de mirliton, de deux marquis intronisés à la Cour, d'Éliante, la cousine de Célimène, qui a emménagé au-dessus de chez elle, et d'Arsinoé qui vient la mettre en garde contre des rumeurs circulant à son propos. Le Misanthrope donne à voir une société libérée de l'emprise parentale et religieuse, dont le vernis social s'écaille lorsque surgit le désir. Poussés à bout par la radicalité d'Alceste, prêt à s'extraire de toute forme de mondanité, les personnages dévoilent, le temps d'une journée, les contradictions du genre humain soumis à un cœur que la raison ne connaît point.

« Quand il a été décidé que je monte Le Misanthrope, je me suis demandé : pourquoi monter des classiques ? Pourquoi est-ce si important pour moi ? Je trouve que celui qui a répondu le mieux à cette question et de manière très succincte est Antoine Vitez : "Parce qu'il est indispensable de travailler sur la mémoire sociale." La lecture sociologique m'intéresse davantage que la lecture historique. Je me réfère, de ce point de vue, au travail de Péter Szondi à l'Université libre de Berlin, qui développe une perspective sociologique sur l'œuvre de Molière », explique le metteur en scène.

 

Pour les amateurs, rappelons que Le songe d'une nuit d'été est toujours joué, et que la représentation, quoiqu'un peu longue, n'en reste pas moins exceptionnelle…