À la recherche de collectionneurs : des documents inédits de Marcel Proust mis aux enchères

Joséphine Leroy - 03.05.2016

Culture, Arts et Lettres - Expositions - Marcel Proust enchères - Marcel Proust Sotheby’s - Marcel Proust photos


126 lots (photographies, dessins, livres, manuscrits et lettres) sont mis aux enchères par la maison Sotheby’s. Dans le lot, des lettres destinées à son père, des portraits de famille, des dessins personnels, soit des documents exceptionnels et un chemin tracé vers l’intimité d’un des romanciers les plus célèbres au monde. Sotheby’s donne rendez-vous aux intéressés le 31 mai. Selon les spécialistes, la collection entière est estimée entre 520.000 et 740.000 €.

 

Marcel Proust et Lucien Daudet

Photographie d'Otto Wegener 

Robert de Flers, Marcel Proust, Lucien Daudet

(Domaine public)

 

 

Préservés au sein du cercle familial, les documents mis en vente avaient été légués à son frère Robert après la mort de l’auteur en 1922, qui lui-même les avait légués à sa fille, Adrienne Proust. Cette dernière avait passé le flambeau à son fils aîné, Patrice, père de Patricia Mante-Proust, arrière-petite-nièce de l’écrivain qui est à l’initiative de cette vente aux enchères, selon l’AFP. 

 

Les participants à la vente aux enchères pourront apprécier une collection de photographies uniques : des portraits de famille avec Proust lui-même, des portraits de son entourage aussi, dont certains sont dédicacés par Lucien Daudet, fils d’Alphonse Daudet. Des portraits de Reynaldo Hahn, grand ami de l’auteur, font aussi partie des documents. Un portrait pourra notamment remporter une grande adhésion. Il s’agit d’une photo de Proust, âgé d'environ 17 ans. Au dos, une dédicace de Lucien Daudet et une inscription manuscrite en latin où l’on peut lire « à mon cher Marcel ». La photo est estimée entre 4.000 et 6.000 €. 

 

Sur une autre photo, l’écrivain pose avec Lucien Daudet et Robert de Flers. La photo avait été prise en 1896 par Otto Wegener et elle avait été jugée dangereuse pour la bonne réputation de la famille Proust. On y voit Lucien Daudet regarder Marcel Proust d’un œil séducteur. Celle-ci est estimée entre 5.000 et 8.000 €. 

 

Manuscrits sacrés 

 

En ce qui concerne les manuscrits, la collection comprend un texte inédit, hommage à l’aquarelliste Madeleine Lemaire, estimé entre 10.000 et 15.000 €, et une édition originale de Du côté de chez Swann. Ce document inédit dépasse les estimations précédentes : il est estimé entre 20.000 et 30.000 €. Un jeu d’épreuves (un « placard ») d’À l’ombre des jeunes filles en fleurs fait aussi partie du lot. Le manuscrit est estimé entre 20.000 et 25.000 €. 

 

Dans un communiqué, Sotheby’s explique : « Ce “placard” restitue l’écriture de l’auteur dans son jaillissement même, avec tous ses repentirs successifs ». La guerre avait court-circuité la publication du livre, censée avoir lieu dans l’année 1914. Proust avait tiré profit de cet imprévu et avait apporté de nombreuses modifications à son texte. Quelques années plus tard, en 1919, le Goncourt récompensait l’ouvrage. Une lettre de l’Académie récompensant l’auteur fait d’ailleurs partie des documents. Elle est estimée entre 6.000 et 8.000 €. 

 

« Temps perdu » 

 

Les documents les plus intimes et personnels sont probablement les trois lettres adressées à son père, réfractaire au métier de son fils qu’il considérait plutôt comme un passe-temps. La missive de septembre 1893 (estimée entre 10.000 et 15.000 €) prouverait que Marcel Proust avait tenté de se soumettre à l’avis paternel. Il aurait signifié à son père qu’il préparerait « sérieusement » le « concours des affaires étrangères », mais lui rappelant que « tout autre chose que les lettres ou la philosophie » est selon lui « du temps perdu ». Une autre lettre rend compte de l’amour que l’écrivain éprouvait à l’égard du pianiste Reynaldo Hahn, « la personne qu’avec maman j’aime le mieux au monde », lit-on sous la plume de l’auteur.