À Minsk, l'édition française trouve une place de choix

Ania Vercasson - 23.02.2015

Culture, Arts et Lettres - Salons - Salon livre - Ambassade France - Biélorussie Minsk


Le XXIIe Salon International du Livre de Minsk vient de fermer ses portes et le stand français fut encore un succès. Voici un entretien avecIna Matsyienka, chargée de mission pour les manifestations artistiques au Service de Coopération et d'Action Culturelle pour L'Ambassade de France en Biélorussie, afin d'en connaître davantage sur le fonctionnement de ce stand qui reflète une réelle volonté de promouvoir la culture française dans le pays. (de notre envoyée à Minsk, Ania Vercasson)

 

 


 

 

Quelle est la participation de L'Ambassade de France au Salon International du Livre de Minsk ?

Le salon International du Livre de Minsk accueille le stand France depuis 2010 quand la France était pays d'honneur. Le service culturel de l'Ambassade de France a pris la décision de mettre plus de visibilité et on a fait le premier stand sans vraiment définir une thématique mis à part la France comme pays d'honneur.

On avait 150 m2 : on a fait le stand et on a aussi pris la décision de faire venir les bouquins de France : les méthodes, les nouveautés littéraires, les beaux livres, la littérature jeunesse.

 

Ça s'est fait grâce à la Librairie La Boucherie de Paris, né d'une de ces rencontres de la vie, par hasard. On a ainsi d'abord connu Jean-Paul Collet, le propriétaire de La Boucherie, et on l'a contacté en 2010 : il était ravi de participer. Il avait déjà cette expérience des salons internationaux, il nous a alors beaucoup aidés.. On a voulu avoir des invités du monde littéraire. Nous n'invitons pas seulement les auteurs, mais tous les gens qui travaillent dans le monde du livre : ça peut être des éditeurs, des libraires, des critiques, des journalistes, des illustrateurs, des traducteurs.

 

Le fait est que le stand français s'est tellement bien passé en 2010 qu'on a décidé de le refaire en 2011 et puis ça a pris l'habitude. Depuis 2010 l'Ambassade de France et le Service d'actions culturelles organisent le stand France sur ce Salon du livre qui a lieu tous les ans au mois de février. On a gardé ce concept d'un stand thématique avec des ouvrages français venus de France.

 

 

C'est donc vous qui choisissez les livres et les éditeurs mis en avant sur ce Salon du Livre ?

Il y a une certaine logique. Les livres de méthodes pour le nombre d'apprenants du français en Biélorussie qui est assez important. Et malheureusement, on n'a pas du tout de librairie où on peut acheter les bouquins en français dans le pays. La librairie la plus proche est à Vilnius, en Lituanie. Les livres de maisons d'édition françaises on ne peut les trouver qu'à la Médiathèque française Pouchkine pour les emprunter. Mais pour les acheter, nous n'avons pas de lieu. Le Salon, c'est le moment où on peut acheter les livres. C'est un évènement ici.

 

Le choix, donc : les méthodes ; les classiques qui réunissent les programmes scolaires et universitaires où on apprend le français, mais aussi la littérature française ; les beaux livres ; les livres de cuisine qui partent très vite ; la jeunesse, heureusement on a encore des parents qui parlent français et qui apprennent le français à leurs enfants ; les contemporains ; les nouveautés et une logique : on peut acheter les livres des auteurs invités au stand. Là-dessus, on a toujours de bons conseils de Jean-Paul Collet, le propriétaire de La Boucherie. C'est grâce à lui que nous avons toujours un beau stock de vente sur le stand.

 

 

 

Y a–t-il aussi une volonté de faire connaître des auteurs plus en marge et des petits éditeurs ou préfère-t-on en rester au « socle » principal de la littérature et de l'édition française ?

On essaye de présenter une diversité, mais ça dépend surtout des auteurs qui sont invités sur le stand.

 

 

Et comment s'effectue ce choix des auteurs ?

C'est le point malheureux, il n'y a pas vraiment de choix… Je m'explique : la Biélorussie n'est pas du tout connue. Et si elle est connue, c'est par des circonstances malheureuses [Tchernobyl, NdR] ou cette année par la venue des Présidents où nous étions témoins de leur rencontre.

Il n'y a pas vraiment de choix, donc. Encore une fois, c'est Jean-Paul Collet qui, sur place, à Paris, en France, nous aide à trouver les auteurs en parlant du Salon, de la Biélorussie, de l'Ambassade. Il essaie de convaincre les auteurs de venir.

Car la Biélorussie est tellement méconnue que nous n'avons pas une liste d'auteurs qui se présentent, nous n'en sommes pas encore là.

 

Les auteurs semblent satisfaits, peut-être contribuent-ils aussi à la promotion de ce Salon ?

Oui, ces auteurs qui sont venus sont les meilleurs ambassadeurs de l'Ambassade. Ils sont contents, ils en parlent autour d'eux.

 

Reviennent-ils ?

Oui. Par exemple, il y a Paul Constant qui est venu à plusieurs reprises. De plus, pour la jeunesse, on a cette chance de travailler avec la maison d'édition privée de Moscou qui s'appelle KompasGid. Cette maison se consacre à l'édition des livres étrangers en russe des auteurs jeunesse. Comme nous avons maintenant de bonnes relations avec elle, l'éditeur nous aide beaucoup à trouver les auteurs et à convaincre ceux-ci de venir en Biélorussie, parce qu'évidemment ces auteurs-là sont souvent invités à venir également en Russie.

 

Notre victoire tout de même est d'avoir pu faire venir l'illustratrice Dominique Corbasson qui n'a pas accepté de venir à Moscou… Je pense que pour les auteurs qui ont accepté de participer au Salon, c'est un complément : ce sont des gens curieux et courageux, ce sont des grands voyageurs aussi, et surtout ce sont des gens très généreux. Quelque part c'est comme une sorte de censure pour nous, nous n'avons que des gens biens qui viennent découvrir le pays et les habitants. Ça crée des rencontres toujours amicales.

 

 

Voulez – vous partager un souvenir, un moment marquant de ce Salon du livre ?

Je pense que l'un des moments touchants et forts était la dernière rencontre : notre écrivaine biélorusse Svetlana Alexievitch (qui a vécu en France) avec sa traductrice. C'est la première fois qu'elles se rencontraient sur le sol biélorusse. J'ai eu beaucoup de remarques de la part des gens qui ont assisté à la rencontre sur la beauté de l'ouverture de Svetlana à la rencontre de son public. Cela semblait fort pour tout le monde. C'était la grande réussite du stand France.