À Moscou, l’appartement de Mikhaïl Boulgakov s’ouvre au public

Joséphine Leroy - 01.06.2016

Culture, Arts et Lettres - Expositions - Mikhaïl Boulgakov hommage - Mikhaïl Boulgakov maître marguerite - Moscou littérature russe


L’appartement où l’auteur, né en 1891 et mort en 1940, a entamé l’écriture de son roman Le Maître et Marguerite (éd. Robert Laffont, traduit par Claude Ligny) sera métamorphosé en musée dès ce week-end à l’occasion du 125e anniversaire de sa naissance. Le chef d’œuvre n’a pas fini d’échauffer les esprits (souvent tordus) : l’Église orthodoxe parle de cette œuvre comme « le cinquième Évangile, celui de Satan ». 

 

 Statue de l'auteur en Pologne 

(Staszek Szybki Jest / CC BY SA 4.0)

 

 

Le caractère hybride du roman, écrit entre 1927 et 1939, en avait fait un exercice de style inédit et génial, mêlant à la fois le conte fantastique, la référence biblique, la critique politique, la comédie burlesque, mais aussi la simplicité du roman d’amour. Ce sont aussi les conditions de rédaction qui en ont fait un roman hors du commun : en 1930, dans un geste romanesque, Mikhaïl Boulgakov brûle dans une poêle la première version de son œuvre après avoir appris que les autorités avaient interdit sa pièce, La Cabale des dévots. Les versions se suivent dans une période difficile pour les écrivains russes.

 

La troisième et avant dernière version du livre est terminée en 1937. Son épouse l’épaule lors de l’écriture d’une quatrième et dernière version que l’auteur n’a même pas pu terminer avant sa mort, en 1940. C’est sa femme qui termine définitivement le roman en 1941.  

 

12 % du texte original : c’est le pourcentage établi par des spécialistes qui permet de mesurer à quel point le texte a été amputé par la censure lors de sa première publication dans le magazine Moscou, en 1967. Les passages en question paraissent clandestinement dans un texte condensé (publication samizdat). La même année, la maison Posev modifie la version éditée jusqu’ici et complète le texte avec les extraits, mais la première édition complète et authentique — telle qu’écrite par l’auteur et son épouse en 1940 — ne paraîtra qu’en 1973 grâce au travail d’Anna Saakyants. Jusqu’en 1989, cette version sera l’édition de référence. Cette année-là, la littératrice Lidiya Yanovskaïa regroupe tous les manuscrits existants. 

 

La résistance des œuvres de l’écrivain a de quoi en surprendre plus d’un. Dans le trois-pièces qu’il a habité, l’auteur a également écrit en 1928 La Fuite, une pièce qui sera publiée pour la première fois en URSS en 1962, soit 34 ans après sa rédaction. Le Roman de Monsieur Molière sera, quant à lui, interdit par le régime soviétique. 

 

Les visiteurs seront émus de voir exposés des objets inédits tels qu’un fragment du manuscrit du Maître et Marguerite, morceau sauvé de la première version, ainsi qu’une lettre, d’un intérêt historique primordial, que l’auteur adresse à Staline, lettre où il lui demande l’autorisation de quitter le territoire soviétique. Le 18 avril 1930, le dictateur appelle l’auteur pour l’inciter à prendre le poste d’aide-metteur en scène au Théâtre d’art. 

 

Le diable, se promenant dans les rues de Moscou, dévoile les hypocrisies et réveille les consciences. Un diable curieux qui, éternellement, veut le mal et accomplit le bien... Pour retrouver l’homme qu’elle aime, un écrivain maudit, Marguerite accepte de livrer son âme au diable. Version contemporaine du mythe de Faust, transposé à Moscou dans les années 1930, Le maître et Marguerite est aussi une des histoires d’amour les plus émouvantes jamais écrites. Écrit pour la liberté des artistes et contre le conformisme, cet objet d’admiration universelle fut publié un quart de siècle après la mort de celui qui est aujourd’hui considéré comme l’égal de Dostoïevski, de Gogol et de Tchekhov réunis.

 

 

Une vie et une œuvre au rythme de feu, tout comme les célébrations autour de la mémoire de l’écrivain : « Le musée s’organise à la hâte dans l’appartement le 125e anniversaire de la Boulgakov, mais le musée n’ouvrira définitivement que dans deux ans », a indiqué à l’AFP Piotr Mansilla-Cruz, son directeur. 


Pour approfondir

Editeur : Le Moule A Gaufres
Genre : bandes dessinees...
Total pages : 100
Traducteur :
ISBN : 9782918567172

Moscou endiablé ; sur les traces de Maître et Marguerite

de Bettina Egger

Moscou endiablé, sur les traces de Maître et Marguerite est une bande dessinée consacrée à M. A. Boulgakov et son romanclé, Maître et Marguerite. Ce reportage en BD emmène le lecteur en promenade à travers le Moscou de cet illustre roman et de son non moins illustre auteur. De lieux en lieux, des histoires courtes en BD content la vie de Boulgakov et la genèse de son roman à une époque charnière de l'Union Soviétique en s'appuyant sur des interviews et des reportages, adoptant des points de vue insolites et nouveaux sur un chef d'oeuvre de la littérature russe.

J'achète ce livre grand format à 19 €