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Adaptation : “Nous vivons un âge d'or de la série” (David Nicholls)

Antoine Oury - 16.03.2017

Culture, Arts et Lettres - Cinéma - livre écriture scénario - livre adaptation cinéma - David Nicholls


Pour un auteur comme pour un éditeur, l'adaptation d'un livre représente encore une étape décisive dans la vie d'une oeuvre. Elle s'impose comme le moyen de relancer l'intérêt autour d'un récit, de développer ce dernier et de le faire découvrir à un nouveau public. Mais quels sont les recettes du succès et les écueils ? Les auteurs, scénaristes et cinéastes David Nicholls, Louise Doughty et Gurinder Chadha ont partagé leurs propres expériences à la Foire de Londres.

 

David Nicholls -  London Book Fair 2017

David Nicholls (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

L'annonce de l'adaptation à venir d'un livre en film ou en série provoque toujours la même réaction, faite d'un mélange d'excitation et d'appréhension : difficile de savoir ce que les scénaristes vont faire de cette oeuvre que l'on chérit tant. David Nicholls en sait quelque chose, lui qui fut tour à tour acteur, scénariste et romancier. « J'ai été scénariste avant d'être romancier, et quand je travaillais pour la télévision, on vous fait tout condenser, les dialogues en premier lieu. J'ai pu appliquer ça à mon écriture romanesque, même de manière inconsciente », explique-t-il, le plus souvent pour le meilleur.

 

Si Nicholls a pu tirer parti de cette exigence propre à la télévision, il ne renonce pas pour autant au « pouvoir du romancier », ce démiurge. Louise Doughty, journaliste et romancière, appuie ce propos en assurant qu'« il n'y a rien de plus énervant que de commencer un livre en découvrant que l'auteur pense déjà à l'adaptation au cinéma de son histoire ». D'après elle, une écriture si biaisée conduit tout simplement à un appauvrissement du récit.

 

« Dans un roman, je n'écris pas seulement que “L'hélicoptère explose”, comme on le voit à l'écran. Je décris comment l'hélicoptère explose, et j'aime ça ! », précise la romancière, auteure de Portrait d'une femme sous influence. Ainsi, la fameuse « écriture cinématographique » ne serait pas forcément un compliment...

 

Louise Doughty - London Book Fair 2017

Louise Doughty (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Indéniablement, « il existe des différences fondamentales entre le livre et le film : par exemple, il est très difficile de faire vieillir un personnage à l'écran sans briser une certaine crédibilité, tandis que c'est plus simple dans un livre. Et, lorsque l'on écrit un livre, on pense sans y faire attention à des vêtements, voire des costumes, à des décors... C'est l'inverse pour un film, ou chaque élément fait partie d'un budget. Quand je regarde des adaptations de mes livres, je suis parfois un peu désolé de ce qui a été abandonné, mais c'est parce que cela n'aurait pas fonctionné à l'écran », confie David Nicholls.

 

“La littérature reste un puissant creuset d’inspiration” pour les séries

 

Selon Gurinder Chadha, réalisatrice de Joue-la comme Beckham (2002) et dernièrement de Viceroy's House (2017), l'adaptation doit aussi refléter cette différence entre écriture romanesque et écriture cinématographique. « Le principal, c'est que l'histoire racontée reste la même, que celle que le romancier a voulu raconter se retrouve sur l'écran. Cela ne signifie pas qu'il n'est pas possible de modifier l'époque, les événements ou le laps de temps sur lequel se déroule l'histoire, mais qu'il faut rester fidèle aux motivations. »

 

Gurinder Chadha - London Book Fair 2017

Gurinder Chadha (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Les intervenants s'accordent aussi pour saluer l'opportunité actuelle offerte aux oeuvres de fiction pour s'exporter sur d'autres médias. Pour David Nicholls, « [n]ous vivons un âge d'or de la série, que l'on parle d'adaptations ou non », souligne-t-il en citant Game of Thrones. Selon lui, le simple fait que les adaptations en série offrent plus de temps d'écran est suffisant pour préférer ce moyen de raconter des histoires.

 

Louise Doughty, impressionnée par les millions que Netflix et Amazon investissent dans les séries, ouvre la voie à Gurinder Chadha, qui promet que le bing-watching, cette tendance à regarder plusieurs épisodes d'une série à la suite, va aussi dans le sens d'une appétence grandissante pour les récits au long cours...

 

Avec tout ça, il ne restera plus qu'à trouver le temps de lire...