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Affaire Femina : Ghislaine Dunant “stupéfaite” par des “propos diffamatoires”

Antoine Oury - 04.11.2016

Culture, Arts et Lettres - Récompenses - affaire Femina - Femina Ghislaine Dunant - Ghislaine Dunant Charlotte Delbo


La semaine dernière, la remise du Prix Femina de l'Essai donnait lieu à de nombreuses critiques sur le choix du jury. Ghislaine Dunant, lauréate 2016 pour son essai consacré à Charlotte Delbo, sous-titré La vie retrouvée, était accusée de « malhonnêteté littéraire » par les auteurs d'une précédente biographie consacrée à l'auteure et résistante.

 

 

 

À l'annonce du Prix Femina de l'essai, Violaine Gelly, coauteure avec Paul Gradvohl de Charlotte Delbo, publié en 2013 chez Fayard, avait pris sa plume pour rédiger une tribune publiée dans BibliObs. Dans cette dernière, on pouvait notamment lire :

 

On peut se féliciter de voir Delbo recevoir les honneurs littéraires qu’elle n’a pas connus de son vivant. On peut, dans le même temps, s’agacer que ce soit par un livre qui se revendique comme touché par la grâce de l’écrivain. Un écrivain dont l’omnipotente connaissance naît sous l’inspiration de l’émotion ou, comme dit Ghislaine Dunant, de la résonance avec son sujet. Aucun travail n’a jamais été diminué de rendre hommage à ceux qui l’ont précédé.

 

Les médias s'étaient fait écho de cette critique déontologique adressée à la lauréate, et la maison Grasset, qui publie le livre de Ghislaine Dunant, n'avait pas souhaité faire de commentaires.

 

Contactée par ActuaLitté, Mona Ozouf, présidente du jury du Prix Femina, avait défendu le choix de Ghislaine Dunant par le jury du Prix Femina : « [C]e livre n'est pas un livre qui nécessite une bibliographie, car il n'entre pas dans le cadre universitaire, comme une thèse par exemple. Il s'agit plutôt d'un portrait », expliquait-elle, ajoutant qu'« aucun livre n'est obligé de donner ses références ».

 

Selon nos sources, le directeur de la maison Grasset a cherché à joindre Violaine Gelly et Tatiana de Rosnay, qui relayait les accusations de sa collègue, pour défendre Ghislaine Dunant.

 

Le vendredi 28 octobre, le lendemain de la publication de la tribune de Violaine Gelly, Ghislaine Dunant a publié sa propre tribune sur le site La République des Livres, se disant « stupéfaite de voir aujourd’hui [...] ma probité intellectuelle mise en cause de manière insidieuse sur la blogosphère par un tribunal de l’opinion qui juge sans lire et condamne sans écouter ».

 

La lauréate du Femina de l'essai 2016 y décrit ensuite son travail effectué dans le cadre de la rédaction de la biographie de Charlotte Delbo : ses rencontres avec Claudine Riera-Collet, légataire testamentaire de l'auteure, se sont déroulées « pendant 4 ans, de juin 2010 à octobre 2013 ». Elle revient sur l'accusation d'absence de bibliographie [son livre comporte un « Crédit des citations », NdR], malgré le nombre de livres lus : 

 

Il n’a jamais été question pour moi de faire figurer dans mon livre une bibliographie : disproportionnée, elle n’aurait pas eu un sens singulier. Surtout, elle aurait donné un caractère savant, ou universitaire, à mon livre, ce que je ne voulais absolument pas.

 

Une fois les archives personnelles Charlotte Delbo entrées à la Bibliothèque nationale de France au printemps 2013, « j’y ai passé des après midi entières pendant deux ans et demi », explique Ghislaine Dunant. 

 

Évoquant la biographie de Charlotte Delbo signée par Violaine Gelly et Paul Gradvohl, Ghislaine Dunant confie l'avoir lue, pour conclure après sa lecture que « son esprit, son ton et la Charlotte Delbo qu’ils montraient n’avaient rien à voir avec ce que je cherchais et qui se dessinait de mes lectures et de ma réflexion ».