Aglavaine et Sélysette, pièce rarement jouée et enthousiasmante

Le Souffleur - 26.05.2014

Culture, Arts et Lettres - Théatre - théâtre - La Colline - Maeterlinck


Aglavaine et Sélysette, à l'affiche en cette fin de saison, ce fut une bonne surprise. Pièce rarement jouée, c'est avec plaisir, et un peu d'attente, que l'on se rend au théâtre de la Colline. Malheureusement, cette très belle pièce de Maeterlinck ne trouve pas toute sa profondeur dans une mise en scène de Célie Pauthe qui frôle parfois la sécheresse.

 

 

 

Méléandre et Sélysette s'aiment et vivent heureux ensemble, mais l'arrivée d'Aglavaine va bouleverser ce qu'ils pensaient être l'accomplissement de leur bonheur. Aglavaine et Méléandre s'aiment à leur tour, Sélysette est déboussolée. Cependant, rapidement, Aglavaine fait sentir à la jeune femme combien l'amour que lui portent elle et Méléandre s'en trouve renforcé, et qu'il ne tient qu'à elle de les rejoindre dans leur sentiment. Sélysette, qui n'était qu'une enfant pleine de gaieté, croit alors toucher l'état de grâce dans une mélancolie nouvelle.

 

La pureté de ses sentiments la conduira à se sacrifier pour l'idée qu'elle se fait du bonheur de tous, et qui n'aboutira qu'à de la tristesse. Les personnages de Maeterlinck pensent chacun à leur tour détenir une vérité sur l'âme, sans comprendre que cette conviction est encore le signe d'un aveuglement profond.

 

La mise en scène de Célie Pauthe prend corps dans une scénographie qui ressemble à une idée que l'on peut se faire du symbolisme. Les personnages évoluent dans un décor assez inquiétant qui figure du béton armé. Le propos de la pièce, centré sur les intuitions de l'âme et sur l'invisible, appelle en effet une scénographie plutôt stylisée, qui pourrait toutefois se dispenser d'une certaine stérilité. Le travail sur les clairs-obscurs est plus intéressant, mais il ne permet pas à lui seul d'atténuer cette impression de froideur.


Un tel décor reporte nos attentes sur le jeu des acteurs qui là encore, n'arrache pas l'enthousiasme. Sélysette se montre d'abord assez convaincante par la simplicité de son jeu qui se refuse à adhérer complètement à l'image de la petite-fille inquiète à laquelle les autres personnages la renvoient. En revanche, lorsque le personnage évolue vers des sentiments plus exaltés, Judith Morisseau revient à un jeu plus codifié et moins subtil. Aglavaine creuse le contraste par son apparence de femme mûre et sure d'elle, ce qui permet aussi d'accentuer le fond dramatique de la pièce : contrairement à ce qu'elle laissait supposer, Aglavaine n'a aucune maîtrise sur les choses, elle ne parviendra pas à empêcher l'inévitable de se produire.

 

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Jusqu'au 6 juin au théâtre de La Colline