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Alain Resnais, au croisement de la littérature et du cinéma

Antoine Oury - 03.03.2014

Culture, Arts et Lettres - Cinéma - Alain Resnais - décès - Marguerite Duras


Le réalisateur français Alain Resnais est mort ce samedi 1er mars, à l'âge de 91 ans, alors qu'il était hospitalisé depuis plusieurs jours. L'ensemble du monde du cinéma français a oublié les cérémonies des César et des Oscars pour quelques heures afin de saluer la mémoire d'un cinéaste dévoué à son oeuvre. Alain Resnais considérait le cinéma à un croisement de plusieurs disciplines, littérature en tête.

 


Hiroshima mon amour (1959), premier long-métrage de Resnais, sur un scénario de Duras

 

 

Né en 1922, Alain Resnais se penche pour la première fois sur l'expression cinématographique dès 1936, pour un premier court-métrage intitulé L'Aventure de Guy. Une décennie plus tard, il entame une série de portraits, ou « visites », auprès de peintres surréalistes (Oscar Dominguez, Lucien Coutaud, Félix Labisse...) avant son Van Gogh, très remarqué.

 

En 1955, sa réputation de cinéaste est déjà faite avec Nuit et brouillard, une commande sur la déportation et les camps d'extermination nazis. Le texte du court-métrage, lu en voix off par Michel Bouquet, est signé Jean Cayrol, auteur et éditeur, Prix Renaudot 1947 et futur membre de l'Académie Goncourt.

 

L'année suivante, il réalise un documentaire devenu fameux, consacré à la Bibliothèque nationale de France. Toute la mémoire du monde permet au cinéaste de s'amuser dans les travées, usant de travellings sans retenue. Le texte est cette fois écrit par Remo Forlani.

 

 

 

 

Le cinéaste ne cache pas son goût pour le travail avec les personnages du milieu littéraire : s'il réalise Le Chant du styrène en 1958 avec Raymond Queneau, un petit court frais et acidulé, c'est bien avec Hiroshima mon amour qu'il confirme toutes les attentes placées en lui. Le scénario original du film est signé Marguerite Duras, et la réalisation de Resnais impressionne. 

 

Ce film signe aussi l'entrée de Resnais dans le cercle des Nouveaux Cinéastes, sur le modèle du Nouveau Roman : outre Duras, il retrouve vite le chef de file du mouvement littéraire, Alain Robbe-Grillet, qui signe le scénario de son film suivant, L'Année dernière à Marienbad (1961).

 

Pratiquement tous les longs-métrages de la filmographie d'Alain Resnais seront ensuite signés par des gens de lettres : Jean Cayrol, donc (Muriel ou le Temps d'un retour), Jorge Semprún (La guerre est finie, Stavisky), Jacques Sternberg (Je t'aime, je t'aime), le dessinateur Gébé (L'An 01) et surtout Jean Gruault (Mon oncle d'AmériqueLa vie est un roman et L'Amour à mort).

 

Alain Resnais a pratiquement intégré l'écrit à sa technique cinématographique : grand admirateur de Sacha Guitry, il se démarquera rapidement de la Nouvelle Vague en préférant les décors, la mise en scène théâtrale et le dévoilement de l'illusion cinématographique. « Ce que je recherche toujours dans mes films, c'est une langue de théâtre, un dialogue musical qui invite les acteurs à s'éloigner d'un réalisme du quotidien pour se rapprocher d'un jeu décalé », expliquait-il à L'Express.

 

Une approche devenue particulièrement prégnante dans ses derniers films : Les Herbes folles adaptait ainsi le roman L'Incident de Christian Gailly d'une manière loufoque et artificielle. Ses derniers films ont également fait la part belle au théâtre, avec plusieurs adaptations de pièces et un travail suivi avec des acteurs de la Comédie Française, Denis Podalydès et Michel Vuillermoz en tête.

 

Ainsi, le dernier film du cinéaste, Aimer, boire et chanter, qui sortira le 26 mars prochain, est une réécriture scénaristique de la pièce Life of Riley d'Alan Ayckbourn signé Laurent Herbiet. Ce dernier était à l'origine du scénario de Vous n'avez encore rien vu, le précédent, d'après Eurydice et Cher Antoine ou l'Amour raté de Jean Anouilh.

 

La ministre de la Culture Aurélie Filippetti a salué dans un communiqué « cet immense artiste ». « Son oeuvre fit rayonner le cinéma français dans le monde entier », souligne-t-elle, « sans jamais rien concéder à l'air du temps ».