Amazon absent du Salon du livre de Paris

Clément Solym - 12.02.2013

Culture, Arts et Lettres - Salons - Amazon - Salon du livre de Paris - Aurélie Filippetti


L'an passé, c'était l'événement : pour la première fois dans l'histoire de la firme, des Salons et autres Foires du livre, Amazon prenait un stand. Un espace de 80 m2 pour promouvoir son Kindle, et exclusivement son Kindle. « Amazon est une réalité, c'est normal qu'il soit sur le salon. Ce qui est anormal, c'est qu'ils bénéficient d'un régime fiscal particulier », assurait Antoine Gallimard, alors président du Syndicat national de l'édition.

 

 


Le stand Amazon au Salon du livre de Paris 2012

crédit ActuaLitté

 

 

Oui, c'était l'année dernière, et les murs de Paris se souviennent encore des campagnes de publicité, dans les espaces JC Decaux, les abris-bus et les pleines pages dans la presse. Amazon, aux côtés d'autres acteurs du livre numérique, comme Bookeen, Kobo ou Sony, c'était inédit. « C'est la première fois que l'on retrouve la présence d'Amazon pour un Salon du livre, le choix de Paris leur a paru opportun, et c'est une fierté pour nous », soulignait Bertrand Morisset, commissaire général du Salon du livre. 

 

C'est que, finalement, Amazon est un acteur avec lequel le paysage éditorial doit compter : « Leurs déclarations me gênent plus que leur présence au Salon. Amazon n'est pas partisan de l'exception culturelle française, ni l'un de ses acteurs. Mais cela ne nous empêchera pas de débattre », poursuivait Antoine Gallimard

 

Je t'aime, moi non plus

 

Ah, que 2012 était doux alors ! Virgin n'avait pas encore dévoilé ses difficultés financières, le plan Librairies du ministère de la Culture n'était qu'un vague projet, et l'on était loin des craintes ressenties et vécues actuelles. Pourtant, depuis des années, Amazon subit les foudres de la librairie française, et les attaques, plus discrètes, des éditeurs - et souvent, alors même que le grand public ne comprend pas vraiment tous les enjeux. 

 

Pourtant, Amazon, ce sont aussi les aides versées par l'État pour favoriser l'installation d'un nouveau centre à Chalon, la Bourgogne devenant un espace privilégié. Mais une installation qui n'avait pas fait l'unanimité : François de Mazières, député UMP des Yvelines avait frappé fort, dans une question à la ministre de la Culture.

 

Selon lui, l'exil fiscal d'Amazon impactait la librairie indépendante, « dont la part de marché ne cesse de diminuer, passant de 18 % en 2011 à 16,2 % en 2012 sous le double effet de l'émergence de nouveaux usages liés à internet et d'une distorsion de concurrence du e-commerce liée à la gratuité des frais de port pratiquée par Amazon ». Et de réclamer que la ministre se positionne.

 

Concurrence déloyale ?

 

Chose qu'elle a faite. Au moment où l'affaire Virgin a éclaté, la ministre de la Culture passait sur iTélé, et face à Christophe Barbier, prenait fermement position. L'émission n'est plus accessible - dommage -, mais il reste la dépêche AFP qui en a découlé, et plus précisément cet extrait :

 

Aurélie Filippetti a également dénoncé la "concurrence déloyale" de distributeurs en ligne comme l'américain Amazon qui ne sont pas soumis "à la même fiscalité que les entreprises localisées physiquement en France". 

 

En novembre dernier, Amazon se préparait encore à emménager sur son futur stand, au Salon du livre de Paris, et bien que certains libraires aient vu d'un très mauvais oeil ce retour, il n'empêche que la société revenait sur le Salon avec un stand de 90 m2, nous confirment les organisateurs. Qui dans le même temps, s'assombrissent, quand on évoque cette future édition. « Amazon ne sera finalement pas présent au Salon du livre », mais on refuse d'en dire plus. Un peu piqué au vif, en fait. 

 

Chez Amazon, le commentaire est plus lapidaire encore : « Nous ne prévoyons pas de prise de parole au moment du Salon du Livre de Paris. » Et bien entendu, pas question d'en dire plus. 

 

« La concurrence déloyale de distributeurs comme Amazon... » La phrase avait un certain sens, mais dans le cas de Virgin, doit-on imputer la mise en redressement judiciaire à l'acteur américain, ainsi que l'a fait la ministre ? Que l'on puisse trouver dans la concurrence avec Amazon, une des causes expliquant les difficultés des librairies indépendantes, c'est possible.

 

Mais affirmer qu'Amazon ait pu frapper Virgin, n'est-ce pas un brin démesuré ? Corollaire : est-il possible que le siège américain se soit ému de cette déclaration, et choisi, en réaction, de ne pas venir cette année ? Il semble bien que la décision vienne en effet d'outre-Atlantique.

 

Personne ne s'est d'ailleurs empressé de confirmer l'hypothèse - officiellement, en tout cas.