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Amour et crise sentimentale : De Woody Allen à Beigbeder

Clément Solym - 26.12.2011

Culture, Arts et Lettres - Cinéma - Beigbeder - L'Amour dure trois ans - Film


« Oui, c'est une comédie romantique.» Et soudainement,  l'aveu de Beigbeder a fait frémir tous les critiques présents lors de l'avant-première de l'Amour dure trois ans à Aix-en-Provence. Pourtant, il suffisait de lire le livre jusqu'au bout pour se rendre compte dès 1997 de la réalité de ces propos.

 

Frédéric Beigbeder est cet écrivain, chroniqueur et animateur d'émissions, moitié guilleret, moitié déprimé qui s'est lancé dans le cinéma pour réaliser l'adaptation de son mélancolique roman L'Amour dure trois ans.

 

Le livre était une autobiographie amère, le film le sera d'autant plus qu'il introduit une mise en abyme de l'Amour dure trois ans. Alors que le livre de 1997 était un pamphlet a posteriori de la complexité de l'amour, le film se servira de l'ouvrage comme origine de la dispute entre les protagonistes. « C'est l'histoire d'un type qui essaye de mettre des lois sur quelque chose qui n'en a aucune », ajoute Beigbeder, précisant que « le livre est beaucoup plus sombre que le film » et que celui-ci lui a permis « de corriger le bouquin, un luxe suprême », rapporte l'AFP.

 

Parmi, ces corrections on notera l'apparition au cinéma de l'humoriste Gaspard Proust. Et pourtant, pour Beigbeder, la recherche d'un acteur digne de l'interpréter n'a pas été une sinécure. Ce n'est qu'après avoir assisté au spectacle de Gaspard Proust qu'il fut convaincu. Il a pu déceler derrière ce personnage fascisto-nihilisto-très drôle un grand romantique. Qu'il a su séduire.

 

Illustration Le PiXX

 

« Quand on a une proposition comme ça, un film où l'on vous propose de caresser les seins d'Élisa Sednaoui, de vomir avec Louise (Bourgoin), de l'aimer aussi, d'entendre Nicolas Bedos dire qu'il a une petite bite, ça fait beaucoup d'arguments qui plaident pour une carrière cinématographique, donc j'ai dit oui » explique Proust.

 

La côte basque en toile de fond et les tribulations de Marc Marronnier (Gaspard Proust) et d'Alice (Louise Bourgoin) pourraient rappeler à certains des films de Woody Allen. Un héritage que Beigbeder ne dément pas forcément : « La tradition du cinéma chic m'a toujours fait fantasmer, énonçant La Party, Diamants sur Canapé ou encore la série Mad Men ».

 

Un style qui rompt donc totalement avec la précédente adaptation d'un de ses romans. Jan Kounen avait livré en 2007 une version trash, provocatrice et malgré tout réussie de 99 francs, décryptant les immondes coulisses du monde de la publicité dont est issu Beigbeder.

 

Retrouver le livre L'amour dure trois ans, sur Comparonet

 

Pour accompagner cette intrigue plus apaisée, il a fait appel au compositeur Michel Legrand (Les demoiselles de Rochefort, Les parapluies de Cherbourg...), dont la musique fait figure de fil d'Ariane. « Dans le film, quand Marc Marronnier raconte qu'il pleure chaque fois qu'il revoit Peau d'âne, c'est autobiographique. En fait, je crois que dans la vie on tombe souvent amoureux grâce à des chansons et notamment grâce à celles de Michel Legrand".

 

Après cette révélation, qui peut encore douter du romantisme de Beigbeder ?

 

Et pour l'occasion, promotion oblige, le Beig s'est même relancé sur le réseau social Facebook dont il avait pourtant assuré que jamais plus jamais il n'y remettrait les pieds. Mais lancer un film sans s'assurer d'un outil de communication aussi important, voilà qui avait de quoi faire changer d'avis.

 

Et là, on se dit que le romantisme s'écrase parfois devant la nécessité...