Angoulême : la BD privée de subventions, une "salle" histoire

Antoine Oury - 28.11.2013

Culture, Arts et Lettres - Salons - Angoulême - bande dessinée - subventions


Le Festival de la Bande Dessinée d'Angoulême, mais également la Cité de la Bande Dessinée de la ville, pourraient voir leurs subventions départementales purement et simplement supprimées. Une perte de 120.000 € pour chaque structure tout de même. En cause, un conflit opposant les directeurs des deux entités consacrées au 9e Art, incapables de s'entendre.

 


Festival de la BD Angoulême 2012

Entrée du Festival, en 2012 (sebgonza, CC BY 2.0)

 

 

La Charente Libre était présente lors du Conseil d'orientation organisé le 26 novembre pour réunir les différentes parties : Etat, département, région, représentants des éditeurs ainsi que la CIBDI et 9e Art +. La séance était visiblement cocasse : « On croirait un prof menaçant deux élèves refusant de travailler ensemble », explique le journaliste. Le président du département, Michel Boutant, a menacé 9e Art+ et la Cité de la BD d'un retrait de la subvention départementale allouée, si les entités - et surtout leurs directeurs - n'acceptaient pas de travailler ensemble.

 

En cause, l'organisation d'une exposition par 9Art+ dans la Cité de la BD, qui impliquerait que celle-ci réserve un de ses espaces à la programmation du Festival. Problème, 9Art+ est un acteur privé, quand la Cité de la BD est un établissement public. Et, dans cette optique, lui retirer une subvention semble plus problématique que faire de même à un opérateur privé. Différents observateurs nous l'avaient signalé à l'occasion d'une enquête sur cette question, début octobre : 

 

La situation est tout de même lugubre : d'un côté, une entreprise privée mandatée  pour l'organisation du Festival de la BD d'Angoulême, de l'autre, un établissement public qui subit les assauts réguliers d'un envahisseur - et résiste du mieux qu'il peut. De là à y retrouver l'histoire d'un célèbre héros à moustaches... « On voudrait que la Cité soit réduite au silence que l'on ne s'y prendrait pas mieux », nous explique-t-on, entre deux tentes.

 

Une situation qui s'envenimait au point que la CIBDI soit interdite de communication sur sa propre existence, durant le Festival de la BD. Rappelons également que Michel Boutant est déjà à l'origine du partage de la subvention globale (240.000 €), au départ destinée au Festival et  désormais versée pour moitié à la Cité de la BD.

 

Pas de bras, pas de chocolat

 

Les acteurs publics sont tout aussi partagés sur le dossier : l'adjoint à la culture de la Ville et la Chambre de Commerce et de l'Industrie seraient pour l'abandon de la coopération, tandis que département, région et DRAC soutiennent mordicus le projet de Michel Boutant. La réunion a finalement abouti sur la création d'une commission, chargée de définir les règles d'un échange entre les deux structures. D'autant plus que la convention triennale qui les obligeait jusqu'à présent à collaborer expire après festival

 

Gilles Ciment, directeur de la Cité de la BD, explique à ActuaLitté que le problème ne concerne plus uniquement le prêt d'une salle de la Cité pour une exposition tournée vers le festival. « On nous demande à présent de travailler ensemble à une exposition, en coproduction. Dans le projet que j'ai déposé, la Cité mettait en avant des propositions de coproductions, c'est donc ce que nous souhaitons faire depuis longtemps. » 

 

Pour le moment, aucune des deux parties ne semble avoir reçu plus d'informations sur la commission créée lors de ce conseil d'orientation. Prérogatives, membres de la commission... pour l'heure, c'est la grande inconnue. De son côté, Franck Bondoux, directeur du Festival d'Angoulême, contacté par ActuaLitté, n'a pas donné suite à notre appel.

 

En revanche, Bertrand Morisset, patron de l'agence Tome 2 mais aussi directeur du Salon du Livre de Paris, a réagi à cette information. Il déplore une fois de plus l'opacité du financement du Festival, qui « dirigé par une société privée, semble capter indûment les impôts des Français et ce, sans aucun contrôle. Les édiles de la République sont soit aveugles soit complices de cette carambouille. S'ils ont peur du gérant de la SARL neuvième art plus c'est qu'il règne certainement un certain occultisme qui a déjà pu être constaté dans cette charmante bourgade charentaise. C'est un scandale.

 

Ce n'est pas diminuer les subventions du Festival qu'il faut faire, mais les doubler ! En revanche, les verser à une société privée au mépris des règles de la République c'est indigne d'un gouvernement et de collectivités locales qui se veulent vertueux. Cela fait cinq ans que je crie dans le désert et les robinets abreuvent toujours la baignoire de Neuvième Art + ».