Angoulême : la fausse remise de prix, une “stupidité intégrale”

Camille Cornu - 01.02.2016

Culture, Arts et Lettres - Récompenses - Angoulême - Richard Gaitet - faux-prix fauves


Nouveau, et pas forcément dernier malaise à Angoulême. La proclamation d’un faux palmarès a laissé un arrière-goût amer aux faux-gagnants. Le nom des faux-lauréats se répandait déjà sur les réseaux sociaux, sans que personne n’ait été prévenu que tout ceci n’est qu’une « blague »... Hier soir, Le Monde publiait la lettre d’excuse du présentateur.

 

Franck Bondoux Festival d'Angoulême

Franck Bondoux, ActuaLitté, CC BY SA-2.0

 

 

Richard Gaitet, animateur sur Radio Nova de l’émission « Nova Book Box », a juste voulu faire un peu original, juste se montrer à la hauteur de l’honneur qui lui était fait de présenter la cérémonie de remise des fauves. On peut dire qu’il a totalement échoué, et s’est mis une bonne partie de la profession à dos. 

 

En espérant baser sa farce sur un jeu de mots, Richard Gaitet s’est lancé dans l’annonce d’un palmarès imaginaire qui remettait les « fauves » à des chats, pumas et autres félins en tout genre, tous tirés d’un album de bande dessinée de la sélection officielle... Puis, il annonçait la mascarade et procédait à la « vraie » remise des prix. Mais les auteurs préalablement primés se voyaient donc « déchus », sans avoir été prévenus au préalable. C’est dans une ambiance alourdie que la cérémonie a finalement pu commencer, les premiers lauréats ne sachant pas s’ils obtiendraient tout de même le prix, après l’espoir qui leur avait été donné. 

 

Killofer, patron de ­l’Association, commente à Libération : « Olivier Schrauwen [à qui a été remis le faux fauve d’Or] et moi, on n’a pas compris du tout. Certains faux prix devenaient de vrais prix, on se demandait si on allait vraiment avoir le fauve d’or. Des mots comme “stupidité intégrale” me viennent aujourd’hui à l’esprit. »

 

« C’est d’une cruauté infâme, ajoute Sam Souibgui de Komikku. Les éditions Cornélius ont hurlé de joie quand ils ont gagné leur faux fauve. On était tous heureux, on avait les larmes aux yeux, et on s’est fait humilier. Heureusement que mes auteurs n’étaient pas là, je n’avais pas à expliquer cet humour de merde à la française… Le pire, c’est quand le maître de ­cérémonie a invité les ­gagnants à monter sur scène pour la photo et a ­demandé, hors micro, aux perdants de sortir. »

 

Sur les réseaux sociaux non plus, les réactions critiques à l’égard de festival n’ont pas tardé : 

 

 

 

Une longue lettre d'excuse

 

Le FIBD a publié l’intégralité du texte de présentation avec une introduction expliquant le parti pris humoristique. Quant à Franck Bondoux, il n’a pas hésité à défendre le présentateur en raison du « droit à l’impertinence » : « Cela n’a duré que 8 minutes et 17 secondes sur une cérémonie de 1 h 40. Toutes les grandes cérémonies, des Césars aux Golden Globe, pratiquent l’autodérision. Le problème, c’est la dictature du tweet. » 

 

« Le FIBD, une case en moins, la cruauté en plus ? [...] Un nouveau faux pas des organisateurs avec cette triste clownerie. Pourtant Franck Bondoux, directeur général du Festival estime qu’aucune erreur n’a été commise. Aucun repentir donc. Les bourdes pourront continuer de fleurir à l’avenir sous sa houlette ? Décidément ce festival 2016 aura fait couler beaucoup d’encre, mais rarement à son honneur… », commentera, désabusé, le Comité des Artistes Auteurs plasticiens

 

Pourtant, Richard Gaitet lui-même a préféré ne pas se laisser défendre par le délégué général du FIBD et a publié une lettre d’excuse dans le Monde. Il reconnaît ne pas avoir saisi « l’ampleur des attentes et des espoirs, l’extrême émotivité qui régnait dans la salle à une telle occasion ». Ni « l’importance des réseaux sociaux ». 

 

« J’avais carte blanche. J’ai songé – à tort – qu’il pouvait être amusant, absurde, enfantin, d’imaginer en ouverture un canular, qui bouscule l’exercice d’une remise de prix. En démarrant donc par un faux palmarès. En récompensant, puisque les statuettes ont le nom et la forme de “fauves”, des tigres, des pumas, des chats, piochés dans les albums de la sélection officielle. 

 

[...] Ce qui est certain, c’est que je n’ai jamais voulu me moquer des auteurs et des éditeurs. [...] Les artistes et les éditeurs en compétition n’étaient pas dans les dispositions pour entendre la plaisanterie d’ouverture, à défaut de l’apprécier. Ils étaient par ailleurs à cran suite à la polémique – absolument légitime – à propos de l’absence de femmes dans la liste des prétendants au Grand Prix, et à cause de divers problèmes entre eux et le Festival, problèmes dont j’ignore tout et qui ne me concernent pas. »