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“Aujourd’hui, il y a un vrai danger pour le festival d’Angoulême”

Antoine Oury - 09.06.2016

Culture, Arts et Lettres - Salons - festival Angoulême - FIBD angoulême - Laurent Mélikian Patrick Mardikian


Les débats et initiatives autour de l'organisation du Festival d'Angoulême battent leur plein : une semaine à peine après l'annonce d'un projet « Angoulême, la renaissance » par Patrick Mardikian, fils du cocréateur du FIBD, de nouveaux éléments de cette relance ont été dévoilés. Les initiateurs de ce projet collectif entendent travailler « avec les salariés » de 9ème Art+, la société organisatrice du festival, mais la place de son directeur contesté, Franck Bondoux, reste l'inconnue.

 

Angoulême FIBD

À Angoulême, en janvier 2016 (photo d'illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Ce mardi, le collectif composé par Florence Cestac, André Juillard, Frank Margerin, Régis Loisel, François Boucq, Martin Veyron, François Schuiten, le critique britannique Paul Gravett, le scénariste Benoît Peeters et les spécialistes Laurent Mélikian et Philippe Touboul a présenté plus en détail son projet pour une « renaissance » du festival d'Angoulême.

 

Pris entre les feux d'une édition 2016 catastrophique, entre sélection machiste pour le Grand Prix et remise des Fauves pathétique, et l'apparition possible d'un Festival BD de Bordeaux, le FIBD n'a pas droit à l'erreur pour sa prochaine édition. C'est en tout cas ce qu'affirme Patrick Mardikian dans La Charente Libre. « Aujourd’hui, il y a un vrai danger pour le festival d’Angoulême, et si les décideurs, les partenaires, les financeurs ne prennent pas conscience de ce danger, on va vers une catastrophe », explique-t-il.

 

Quelques éléments avaient déjà été révélés dans un plan de sauvetage en 14 points présenté au médiateur Jacques Renard :

 

Parmi les propositions marquantes, celle de « revitaliser l’Académie des Grands Prix », qui fait de moins en moins autorité dans le milieu de la BD. Pour les signataires, ces personnalités devraient être « mieux impliquées dans la programmation » et adopter le rôle d’« ambassadeurs dans les plus grands festivals » du monde. À ce titre, il faut impulser un nouveau souffle au festival et retrouver « l’esprit festif », « priorité » pour les signataires du document, afin qu’il « redevienne une vraie fête populaire ». Le festival ne doit plus être « posé dans la ville », mais se montrer « plus visible ». Pour ce faire, une idée : mettre en place une « collaboration avec les acteurs locaux : les associations, commerçants, entreprises », pour retrouver les « liens perdus avec les citoyens ».

 

Dans le détail, les signataires préconisent :

 

  • une plus grande place donnée aux jeunes, avec un espace consacré aux lecteurs « d’aujourd’hui et de demain », autrement dit un « vrai palais de la jeunesse », éloigné des suspicions d’élitisme dont a pu souffrir le festival.
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  • de remettre au centre la création, parce que « les auteurs sont devenus les grands oubliés du festival », avec la création d’une « artist alley » et le retour d’un « bar des auteurs » pour « redonner plus de spontanéité et de la simplicité aux dédicaces » (la création d’une « soirée des auteurs » serait également envisagée).
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  • de rehausser l’image des lauréats du festival qui passent souvent « inaperçus » et d’ainsi faire du Prix du meilleur album le prix le plus prestigieux du festival (et éventuellement la remise d’un « prix de l’humour » et d’un « prix de la première œuvre ».
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  • d’« organiser des événements Angoulême, hors Angoulême », pour perpétuer le festival (les auteurs proposent notamment que la remise de prix soit proposée « au Salon du livre de Paris », mais aussi un « vrai partenariat avec Bruxelles », jusqu’à peut-être relier les villes en un « réseau des villes BD » avec Angoulême au centre)
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Se défendant de vouloir « la peau du directeur actuel », selon les mots de La Charente Libre, Patrick Mardikian explique que le collectif veut « proposer des idées qui nous paraissent pertinentes par rapport aux attentes. Il y a besoin de casser des fonctionnements, [pour apporter] du rêve, comme le disent certains auteurs ». 

 

Le médiateur Jacques Renard doit rendre ses conclusions à la fin du mois de juin. Elles seront sans doute décisives pour les soutiens potentiels apportés au projet du collectif.