Aurélie Filippetti persiste et signe : les intermittents doivent travailler

Antoine Oury - 30.06.2014

Culture, Arts et Lettres - Théatre - intermittents du spectacle - Aurélie Filippetti - festivals de l'été


En attendant la concertation entre le gouvernement, le MEDEF et les intermittents du spectacle, la situation sociale n'a pas vraiment changé. La semaine dernière, Manuel Valls annonçait un délai ajouté aux mesures les plus controversées, mais ne cédait pas quant à la signature de la convention chômage du régime. Aurélie Filippetti appelle une nouvelle fois les travailleurs de la Culture à l'apaisement.

 


#intermittents

(Charlotte Henard, CC BY-SA 2.0)

 

 

 Une véritable volonté de dialogue social ou simplement la peur de voir l'ensemble des festivals de l'été annulés ? La ministre de la Culture Aurélie Filippetti réitère ce matin son appel à la fin des mobilisations, au cours d'une intervention sur BFMTV : « Je lance un appel pour que les festivals puissent avoir lieu [...] et qu'on saisisse la main qui a été tendue par le gouvernement. Toutes les conditions sociales, politiques ont été réunies, et la concertation a commencé. Donc saisissez la main tendue [...] Il faut que les spectacles et les représentations aient lieu. »

 

Mot pour mot, la formule est la même que celle lancée la semaine dernière par la ministre, restée lettre morte. Et pour cause : la reprise des activités ne semble motivée que par les retombées économiques des différents événements estivaux. Dans Libération, la semaine dernière, Filippetti se faisait plus directe : la généralisation des annulations « serait catastrophique pour la culture dans ce pays, et d'abord pour les artistes qui ont envie de jouer, les techniciens et les spectateurs. Et ce serait très difficile économiquement pour les collectivités. »

 

Mais il est plus facile de se faire entendre ainsi, pour les intermittents : la pression économique, à présent, semble le seul recours efficace pour motiver le gouvernement à agir. Pour preuve, les titres des différents journaux et les sujets en vogue sur le Web : chaque annulation de spectacle devient le rappel de la précarisation des travailleurs du spectacle. À ce jeu, les intermittents ont plus à gagner qu'à perdre, même si les annulations en rafale sont impopulaires.

 

De plus, les intermittents, motivés par la CGT Spectacle, seul syndicat non-signataire d'une convention chômage négocié entre les syndicats FO, CFDT, CFTC et le MEDEF, se débrouillent particulièrement bien quand il s'agit d'autogestion et de solidarité. À Aix, un festival d'opéra qui ouvre ce mercredi sera ainsi assuré de la bonne collaboration des intermittents, qui ont voté à 80 % la levée du blocus. Un exemple intéressant de solidarité et de liberté de choix, à une époque où les actions sociales sont souvent grevées par les intérêts individuels.

 

Quelques voix se sont élevées pour défendre le régime des intermittents : le sociologue Mathieu Grégoire, sur Médiapart, défend l'intermittence comme un modèle global à adopter. Les actions sociales des intermittents en sont un autre.

 

Pour Avignon, les conditions seront les mêmes, a expliqué le secrétaire général de la CGT Spectacle, Denis Gravouil, sur Europe 1 : « Le festival d'Avignon n'aura pas lieu tranquillement. Il aura lieu selon des formes qui seront décidées par les gens qui y travaillent. Ce n'est pas un choix binaire entre tout bloquer et ne rien faire. Ce qui va se passer tout l'été c'est qu'il y aura des mobilisations sur toutes leurs formes. » Cela dépendra des votes des intermittents concernés, et probablement pas des intérêts économiques engagés.

 

 


Denis Gravouil : "Le Festival d'Avignon n'aura... par Europe1fr