Avec Pinocchio, Amazon inquiète les exploitants de salle

Gariépy Raphaël - 06.05.2020

Culture, Arts et Lettres - Cinéma - Pinocchio Prime Video - Amazon Pinocchio salles - salles cinéma Benigni


La vente de Pinocchio, la nouvelle adaptation du célèbre conte de Carlo Collodi par Matteo Garrone, à Amazon Prime Vidéo inquiète les exploitants de salle et notamment l’Association française des cinémas art et essai. François Aymé, son président, s’est fendu d’un communiqué et tente de mobiliser les acteurs de l’industrie avant la réouverture des cinémas pour éviter un « carnage estival ».




 

Une nouvelle affaire oppose les plateformes de vidéo à la demande aux salles de cinéma. Netflix, habitué à ce genre de polémique, laisse cette fois sa place à Prime Vidéo, le service d’Amazon.


Pinocchio, distribué par Le Pacte, devait sortir en salle le 18 mars 2020, avant d’être reporté, pandémie oblige au 1er juillet. Présenté au festival de Berlin puis lancé en Italie pendant les fêtes de Noël 2019, le long métrage a rencontré un beau succès en salle et rapporté 15 M€. Le film qui est en lice aujourd’hui pour 15 prix David di Donatello était donc tout désigné pour rencontrer son public dans les salles françaises. Mais profitant du flou concernant la réouverture des cinémas, Amazon annonçait finalement, fin avril, détenir l’exclusivité de la diffusion de l’œuvre en France.

Jean Labadie, président du Pacte, co-producteur et distributeur du film, invoque de multiples raisons à cette vente et parle notamment d’une promotion à hauteur de 600 000 € engagée en pure perte en mars, de l’absence de visibilité sur la réouverture des cinémas et d’une concurrence féroce à l’automne prochain. « La vente à Amazon, avec qui nous avons déjà collaboré pour produire Paterson de Jim Jarmusch, nous permet de tenir en trésorerie. Le Pacte a énormément d’engagements vis-à-vis de films français et européens, et nous devons nous donner la possibilité de les tenir ».
 

Un cinéma menacé ?


S’il est conscient des difficultés économiques auxquelles les distributeurs font aujourd’hui face, François Aymé, président de l’Association française des cinémas art et essai, s’interroge sur ce choix. Dans un communiqué intitulé « Pinocchio sur Amazon : une exception conjoncturelle ou une alerte ? » il questionne les conséquences de cette vente sur les autres films qui pourraient suivre alors que la date de réouverture des salles semble toujours aussi floue. Pour lui le choix de Pinocchio n’est pas ordinaire.

La nouvelle œuvre de Matteo Garrone « fait partie de cette poignée de films familiaux art et essai, qui chaque année, constituent une alternative européenne stimulante et attrayante aux films d’animation des majors américaines ». L’AFCE avait donc travaillé en amont pour que le film puisse rencontrer son public, préparant des « pastilles vidéo pour réseaux sociaux et projection en salles, documents promotionnels imprimés à destination de ses 1 200 cinémas adhérents ». La vente exclusive des droits de diffusion apparaît donc pour les exploitants de salles enthousiastes comme une véritable trahison.
 



 

« Le distributeur de Ken Loach qui vend l’exclusivité de l’un de ses bijoux à Amazon : la symbolique n’est guère réjouissante », ironise François Aymé. Pour lui, tous les acteurs de l’industrie doivent prendre leur responsabilité et ne pas céder à la facilité, ou bien la période pourrait porter un coup définitif aux films sur grand écran en France.
 

« Sans cette stratégie volontariste de programmation, la reprise indispensable des films arrêtés en mars dernier ne suffira pas alors à éviter un carnage estival. Chaque semaine et chaque jour qui passent renforcent les plateformes mondiales et affaiblissent un système national régulé, mutualisé, aujourd’hui à l’arrêt. »
 

Et d’ajouter : « Des résultats de fréquentation anémiques cet été, faute d’incitation à la sortie de films, risqueraient de donner de nouvelles raisons aux producteurs et distributeurs de renoncer à la salle. Le coronavirus est un énorme orage qui oblige chacun à rester chez soi. Une fois l’orage passé et les dégâts constatés, c’est tout un écosystème français qu’il nous appartiendra, pouvoirs publics et ensemble des professionnels, à reconsolider et à faire redémarrer. Et il ne s’agit pas de caler. »
 

via le film français




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