Balzac : entrez dans le garde-manger de la Comédie humaine

Clément Solym - 20.05.2011

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Le carnet d'Honoré de Balzac, constitué de manuscrits et de dessins réalisés de 1830 à 1847, est exposé au Musée des manuscrits. Appelé familièrement « garde-manger » ou « grand parc de mes idées » par l'auteur, intitulé Pensées, Sujets, Fragments, il aurait servi de base à l'élaboration de la Comédie humaine, immense fresque littéraire composée de cent trente-sept œuvres.

« Mon livre, où j'ai mis toutes les pensées de mes ouvrages et tant de choses… » Le carnet contient cinquante-six feuillets de grand format. Il est protégé une couverture noire et conservé dans une chemise cartonnée de la même couleur. (voir le site du Musée des lettres et Manuscrits)

La plume de Balzac a trempé dans l'encre noire, sépia ou violette, pour tracer esquisses, plans, schémas, résumés, listes de personnes, formules et apophtegmes.

Sur une page, des éléments ayant servi à construire le Père Goriot manifestent l'ampleur du travail de l'écrivain : « Un brave homme, pension bourgeoise, six cents francs de rente, s'étant dépouillé pour ses filles qui toutes deux ont cinquante-mille de rente, mourant comme un chien. » Sur une autre, des phrases éparses, dont l'une a servi pour La Peau de chagrin, « un grand crime, c'est quelquefois un poème. »

L'acquisition


Le précieux carnet a été conservé par les collectionneurs Gustave Clément-Simon, Charles de Lovenjoul et Jacques Crépet, avant d'être acquis aux enchères par Gérard Lhéritier, fondateur du Musée des lettres et des manuscrits, l'an passé. Le bibliophile est fier de pouvoir l'offrir aux yeux du public, car « on entre vraiment dans l'intimité de l'écrivain », souligne l'AFP.

Gonzague Saint-Bris a ainsi pu consulter le recueil de notes pour enrichir sa biographie de Balzac, Balzac, une vie de roman (Télémaque, 2011), récompense de trente ans de recherches. Les textes et les dessins personnels confirment « l'énorme liberté de l'écrivain, qui cachait dans sa vie ce qu'il livrait dans son œuvre sur tous les sujets qui le passionnaient : l'occultisme, Napoléon et le café. » La contemplation du journal de Balzac est aussi « une consolation », car sa collection d'autographes de l'écrivain a disparu dans un incendie !