Beginners, de Mike Mills

Clément Solym - 21.06.2011

Culture, Arts et Lettres - Cinéma - beginners - laurent - mcgregor


Hal est gay. Il a 75 ans et vient de faire son coming out après le décès de sa femme.

Quant à Oliver, son fils et personnage principal du film, illustrateur à Los Angeles, il collectionne les ex et les déceptions amoureuses. Lorsque Hal décède à l’âge de 80 ans, Oliver hérite d’un chien philosophe et revisite relations familiales et échecs sentimentaux. Il frôle la dépression, le regard toujours triste malgré l’entrain de ses amis. Puis il rencontre Anna (Mélanie Laurent), une actrice française de passage dans la cité des anges.

Pour son second long-métrage (après Thumbsucker / Age Difficile Obscur), Mike Mills signe un film autobiographique tendre et plein de mélancolie. Car ce père nouvellement gay et mourant, incarné brillamment par Christopher Plummer à l’écran, fut le sien. Et le personnage d’Oliver (Ewan McGregor), c’est lui.

Oliver trie, classe, range, cartons, photos et papiers dans la maison de son père décédé.
Autour des névroses de chacun Mills mène son film habillement, avec pudeur, en évitant l’évocation brutale de la douleur du fils forcé à revisiter l’histoire de ses parents, peu de temps avant de faire le deuil de son père.


Si Plummer illustre parfaitement ce veuf retombé en adolescence, qui par son coming out choisit d’une certaine façon de demeurer fidèle à sa femme, il reste cependant le seul à apporter un peu de vie à la narration.
La timidité des amants à la découverte de leur amour naissant, si elle est au départ fraîche et touchante, devient rapidement lassante et étouffante. Quant au chien, dont on attendait beaucoup, il reste peu loquace et sa pensée exprimée par sous-titres ajoute à la liquéfaction ambiante. Sans compter la musique qui, évoquant quelque peu les arpèges de Yann Tiersen, vient alourdir le tout, plongeant le spectateur dans un abîme de perplexité.

On retrouve un peu d’Eternal Sunshine of the Spotless Mind, ou de Lost in Translation dans le rapport surnaturel et décalé des deux amoureux. Mais à la différence de ces chefs-d’oeuvre du cinéma contemporain, Beginners ne décolle pas. On reste à l’extérieur de l’histoire sans parvenir à s’identifier aux personnages qui souffrent et guérissent sous nos yeux.

Au final, on aurait presque souhaité que le couple de Hal (Christopher Plummer) et Andy (Goran Visnjic, excellent) emplissent encore davantage l’écran, pour marginaliser ce jeune couple inexpressif… et dépressif avant l’heure.

Un film qui aurait pu sonner avec davantage de justesse et de profondeur… s’il avait été mieux accordé.