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Benedict Cumberbatch dans le Frankenstein de Guillermo Del Toro

Clément Solym - 08.07.2013

Culture, Arts et Lettres - Cinéma - Guillermo Del Toro - Frankenstein - Mary Shelley


C'est l'histoire du monstre le plus innocent de la création, et de la créature la plus effrayante que l'humanité ait pu construire. Et sans autre forme de procès, c'est bien au réalisateur le plus en vogue du moment que l'on a confié ce projet. Guillermo Del Toro s'apprête donc à enchanter le public - ou le désenchanter - avec une nouvelle adaptation du roman de Mary Shelley, Frankenstein.

 

 

 

 

Dans un entretien accordé au Daily Telegraph, le cinéaste a expliqué qu'il allait s'engager dans une version pour grand écran, avec Benedict Cumberbatch dans le rôle-phare. Un univers que l'acteur connaît bien puisqu'il avait déjà pris part, en 2011, à une autre adaptation, pour la scène, de Danny Boyle, où il incarnait tout à la fois le fameux professeur et sa créature.

 

Pour l'heure, Guillermo ne donne aucune date pour le début de cette réalisation, attendu que son calendrier particulièrement chargé ne montre pas de fenêtre de tir dans les prochains mois. Avec la réalisation de Justice League Dark, il a déjà fort à faire pour satisfaire les fans de DC Comics, et plus encore, la maison d'édition.

 

Dans tous les cas, cette histoire de Promethée moderne.... promet. L'histoire du monstre n'a jamais laissé le cinéma indifférent, alors que Hollywood a donné à Frankenstein, le monstre, une multitude de suite et de versions différentes.

 

J'avais entamé ma conjuration avec une solennité et une emphase qui m'assuraient presque que les esprits des défunts que j'avais aimés m'approuvaient mais, en même temps que mes dernières paroles, ma fureur reprit le dessus et la rage me laissa sans voix.

Alors, dans le silence de la nuit, éclata un énorme rire diabolique – et longuement, douloureusement, il me résonna aux oreilles. Les montagnes en répercutèrent l'écho et j'eus l'impression qu'alentour l'enfer même se moquait et se riait de moi. À cet instant, j'aurais sûrement eu un geste de folie et j'aurais mis fin à ma misérable existence, si mon serment n'avait pas été prononcé et si je ne m'étais pas voué à la vengeance. Le rire mourut et cette voix familière, détestable, s'éleva, toute proche, et m'adressa dans un murmure parfaitement distinct :

– Je suis satisfait, misérable créature ! Tu as décidé de vivre et je suis satisfait !

Je bondis vers l'endroit d'où avait surgi la voix, mais le démon avait disparu. Soudain, la lune qui s'était levée éclaira la silhouette difforme et monstrueuse qui fuyait avec une incroyable vitesse. Je me mis en chasse – et depuis des mois et des mois, cette tâche me prend tout entier. Très vaguement guidé, j'ai suivi le Rhône, mais en vain. Et puis ce furent les eaux bleues de la Méditerranée.

Par un hasard étrange, j'ai vu une nuit le monstre lui- même s'embarquer sur un navire qui partait pour la mer Noire. Je pris ce même navire mais il m'avait échappé, je ne sais pas comment.

À travers les steppes tartares et russes, j'ai continué à suivre ses traces, bien qu'il m'échappât toujours. Parfois, des paysans, terrifiés par son horrible apparition, m'indiquaient la route.

Par fois aussi, c'était le monstre lui- même qui laissait des traces derrière lui, de peur que je n'arrête mes poursuites ou que je ne décide, dans mon désespoir, de mourir. Puis, avec la tombée des neiges, je pouvais voir sur la plaine blanche les empreintes de ses pas. Vous qui entrez tout juste dans la vie, vous qui ne connaissez ni les chagrins ni les tourments, comment pouvez-vous comprendre ce que j'ai éprouvé et ce que j'éprouve encore ? Le froid, la faim, la fatigue – voilà les moindres de mes maux !

J'étais possédé par un démon, l'enfer se trouvait en moi-même.

Pourtant, quelque bon génie me surveillait encore et guidait mes pas aux heures où j'étais meurtri, où je me débattais dans d'inextricables difficultés. De temps à autre, quand j'étais rongé par la faim, quand les forces me manquaient, je trouvais de quoi manger dans un lieu désert et cela me ravigotait. C'étaient, il est vrai, souvent des aliments grossiers, comme ceux que mangeaient les paysans de la région, mais je ne doutais pas que ces vivres avaient été déposés là par les esprits dont j'avais imploré le soutien. Et souvent aussi, quand ré-gnait la sécheresse et que j'avais terriblement soif, des nuages venaient obscurcir le ciel et la pluie qui tombait alors me permettait d'étancher ma soif, avant de disparaître.