Bilan de Lire en short : grande manifestation, reste à s’en emparer

Antoine Oury - 07.12.2015

Culture, Arts et Lettres - Salons - Lire en Short bilan - opération lecture été - CNL ministère


Quelques mois après l'opération estivale Lire en Short, le CLPJ, Centre du Livre et de la Presse Jeunesse, un des organisateurs, a consacré un temps, lors du Salon de Montreuil, pour tirer des conclusions de cette première édition 2015. La satisfaction est visiblement au rendez-vous, mais les attentes étaient plutôt modérées : pour 2016, il semble que la volonté de s'adresser à un public éloigné du livre soit à réaffirmer.

 

Inauguration de Lire en short, manifestation jeunesse

L'inauguration de Lire en Short, le 17 juillet 2015 (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Le Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil, une des plus importantes manifestations littéraires de France, constituait une bonne occasion de dresser un bilan de Lire en Short 2015, première édition d'une fête nationale destinée à rapprocher le jeune public du livre, notamment les enfants qui en sont le plus éloignés. Pour accompagner ce retour sur initiative, le ministère de la Culture et de la Communication et le Centre National du Livre ont publié un document, assez consensuel. Retour sur quelques points où les efforts vont ou devront être portés.

 

La fréquentation des événements

 

Le ministère de la Culture et le CNL annoncent une fréquentation et une « sensibilisation » supérieures aux attentes « avec respectivement 300.000 et 5 millions de personnes concernées ». On notera simplement que le premier chiffre prend en compte les accompagnants des enfants, et le second un peu plus nébuleux puisque relié aux opérations de communication, plus loin dans le document : « Les partenaires médias sur leurs différents supports [...] ont assuré un formidable écho à Lire en short. Associés aux dispositifs du plan de communication, ils ont permis d'atteindre l'audience globale évaluée à 5 millions de personnes. »

 

Dans ces circonstances, difficile de définir précisément la valeur de ces « 5 millions de personnes », qui semblent constituer une moyenne des audiences des partenaires médias plutôt qu'un public réel. Concrètement, Lire en Short a mobilisé 300.000 personnes sur un public potentiel de 5,5 millions de personnes, puisque « [l]a très grande majorité des animations s’adressaient aux enfants entre 3 et 12 ans, qui sont près de 5.5 millions en France ».

 

Par ailleurs, la prochaine édition de Lire en Short devra se préoccuper plus sérieusement des inégalités entre territoires : le ratio entre les régions et le nombre d'événements accuse singulièrement le coup. 

 

Les régions qui ont concentré le plus d’événements sont les plus peuplées et celles qui ont accueilli les « scènes nationales » notamment : Ile-de-France (219 événements, 16 %) ; Provence-Alpes-Côte-d’Azur (177 événements, 13 %) ; Aquitaine (146 événements, 11 %) et Rhône-Alpes (96 événements, 7 %).

 

 

De toute évidence, les scènes nationales devront être multipliées, si elles favorisent effectivement une meilleure concentration. Les régions outre-mer (Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, Guadeloupe, Mayotte, privée d'événements) sont les plus délaissées, tandis que Corse, Lorraine, Franche-Comté, Limousin ou Nord-Pas-de-Calais comptent à peine ou moins d'une vingtaine d'événements sur 2 semaines de manifestation... (nombre détaillé des événements par région disponible p. 7)

 

Même si l'on parle d'une première édition, Lire en Short est loin de toucher tous les publics, et de proposer un maillage optimal. Pour parer aux « déserts culturels », le ministère et le CNL envisagent de multiplier les opérations itinérantes, « particulièrement adaptée[s] et fortement souhaitée[s] mais très coûteuse[s] ». Le bilan de la fréquentation est en tout cas bien incomplet, loin de « l'évaluation qualitative » promise par les organisateurs : difficile de juger si des publics éloignés du livre ont effectivement bénéficié de Lire en Short.

 

Le budget

 

Avec une mise de départ de 500.000 €, Lire en Short a su faire beaucoup avec peu de moyens et deux équipes réduites, celle du CNL et celle du CPLJ. « En s’appuyant sur l’expérience acquise et sur des moyens plus importants, nous pouvons légitimement espérer de prochaines éditions réussies », peut-on lire dans le bilan. 200.000 € seront ajoutés au budget, qui atteindra 700.000 € l'année prochaine.

 

Contrairement à ce que Fleur Pellerin annonçait voilà quelques jours, c'est bien le CNL qui fournira cette rallonge et devra donc organiser son budget global, déjà à la baisse, pour ce faire. « Lire en Short [...] bénéficiera de moyens financiers plus importants », assurait-elle au micro de ActuaLitté. Assurant être arrivée trop tard rue de Valois pour « dégager des financements sur le budget du ministère, cette année, j’ai prévu d’augmenter les moyens de cette opération ». Il fallait donc comprendre qu'elle prévoyait que le CNL, avec des moyens en baisse, aurait à trouver de nouveaux financements pour augmenter l'investissement sur Lire en Short.

 

Les partenaires

 

L'organisation précipitée de cette première édition de Lire en Short avait suscité quelques incompréhensions, la plus grande concernant la période choisie, propice aux « congés et aux équipes réduites », à la fois, a priori, du côté des librairies que des établissements de lecture publique. Parmi les partenaires, les éditeurs ont été présents, à travers des opérations comme Le Camion qui Livre, pour J'ai Lu, ou des dons de livres, plus de 30.000 livres, offerts par Média Participations, IMAV ou Hachette Jeunesse. Cependant, « les impératifs logistiques (stockage, acheminement, distribution…) n’ont pas permis d’absorber tous les livres proposés par les éditeurs ». Probablement un autre symptôme de la précipitation.

 

La promotion et le public visé

 

Pour cette première édition, Lire en Short visait en priorité les enfants et les familles, « pour des questions de délais et de budget » : le CNL et le ministère reconnaissent que « [l]es adolescents et les jeunes adultes ont été bien moins mobilisés », et la prochaine édition mettra en place des événements spécialement pensés pour ce public. Au rayon de la promotion, les organisateurs semblent satisfaits, et mettent en avant plusieurs centaines de retombées presse. Un élément important, d'après eux, pour imposer le nom de la manifestation et susciter de l'intérêt pour les prochains Lire en Short.

 

  Bilan Lire en Short 2015