À la soirée d'ouverture du festival European Literature [Littérature européenne, NdR] ce 11 mai, l’auteure de best-seller Kate Mosse avertit qu’à l’heure des débats autour du Brexit, la pente est glissante et les crises d’identité peuvent laisser place aux nationalismes. Kate Mosse est notamment l’auteure de Labyrinth (traduit sous le titre Labyrinthe par Gérard Marcantonio aux éditions Livre de Poche), un roman dont l’intrigue prend place dans le sud-ouest de la France. Elle exhorte les Européens à se saisir du danger. 

 

Kate Mosse - Cambridge 2010

(Chris Boland / CC BY-NC-ND 2.0)

 

 

Pour cette nouvelle édition de l’European Literature Night, le référendum autour de la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européene est dans tous les esprits. Kate Mosse ne contourne pas le sujet et a choisi cet angle pour le discours d’ouverture de l’événement culturel : « Nous sommes dans une période périlleuse en Europe. » 

 

De là à viser les hommes politiques à la tête des gouvernements de pays européens, il n’y a qu’un pas, qu’elle franchit : elle évoque ces politiciens qui encouragent les citoyens européens, « voisins depuis des années », à « entrer en conflit les uns avec les autres plutôt qu’à se considérer comme des Européens avant tout ». « Nous sommes tous liés par l’amour et le partage d’une histoire commune, des perspectives et des antécédents qui remontent à l’époque des premiers mots transmis par l’écriture. » 

 

« Il y en a beaucoup qui, peu importe les raisons, se plaisent à exagérer ce qui nous sépare en tant qu’hommes et femmes, en tant que blanc, noir, ou toute autre couleur et, même, suivant n’importe quel critère censé nous définir comme notre ethnie, le lieu ou l’on est né, notre langue, notre religion ou bien notre athéisme. »

 

Lost in translation ? 

 

Elle vise notamment le pays dont elle est originaire, l’Angleterre, ce pays dont « on pourrait dire que l’on doit les fondations à la traduction ». L’auteure prend appui sur la Magna Carta, contenant 63 articles qui aurait été volée par des barons anglais au roi Jean sans Terre au XIIIe siècle et s'est révélé être un texte fondamental au XVIIe siècle.

 

Le texte avait été « écrit en latin et n’a été traduit en anglais qu’au milieu du XVIIe siècle » comme le rappelle l’auteure. Tout comme la Bible du roi Jacques (King James Version), une traduction de la Bible produite sous le règne de Jacques VI d’Écosse et apparue pour la première fois en 1611. 

 

« Qui que nous soyons et qu’importe d’où nous nous venons, chacun ici présent a grandi avec, à l’esprit, ces autres voix, ces autres langues. Mais nous l’oublions souvent », apostrophe l’auteure. 

 

Pour Kate Mosse, la littérature seule supprime les frontières. L’auteure se dit en ce sens héritière de l’essai écrit par Percy Bysshe Shelley, Défense de la poésie, publié en 1821 (à retrouver aux éditions Payot & Rivages, traduit par Franck Lemonde). « Les poètes sont les législateurs du monde », y écrit le poète et philosophe. Et si le nombre de textes traduits a augmenté de manière phénoménale ces dernières décennies, la romancière appelle à plus de traductions, « pour que l’on garde toujours en tête ce qui nous unit, ce qui fait de nous un peuple prêt à changer le monde, changer le chemin que prennent parfois nos récits ».   (via The Guardian)

 

Ce discours, dont le thème est particulièrement bien vu au regard de la nature de l’événement impulsé par la British Library, honore cette année des auteurs venus de pays européens divers tels que Gabriela Babnik (Allemagne), Alex Popov (Bulgarie), Dorthe Nors (Danemark), Burhan Sönmez, (Turquie) Jaap Robben (Pays-Bas) et Peter Verhelst (Belgique). 

 

Engagée sur le terrain politique, Kate Mosse avait évoqué en 2013 la question de la place des femmes en Angleterre.