Brisbane : les propos désobligeants de Germaine Greer suscitent le débat

Clément Solym - 07.09.2012

Culture, Arts et Lettres - Salons - germaine greer - Nick Earls - Queenslander


Germaine Greer, figure controversée britannique, n'a certainement pas la langue dans sa poche. En réponse aux remarques jugées désobligeantes, que l'écrivain a lancées lors du Festival littéraire de Brisbane, Germaine Greer a réussi à susciter le débat sur l'avenir de la lecture en Australie.

 

GERMAINE GREER

RubiGoes, via Flickr

 

 

Pour l'auteur primé James Moloney, Germaine Greer s'est plu à provoquer. « Elle aime être agitatrice, afin de s'assurer une page de couverture », déclare-t-il. « Pendant longtemps, elle a été quelqu'un qui aime tirer une balle dans le visage des gens pour le plaisir de le faire ».

 

Une volonté de médire, de porter à la réflexion ou de faire bouger les choses ? Provocatrice dans l'âme, Germaine Greer a choisi le moment pour réagir contre les problèmes d'alphabétisation en Australie : l'ouverture du Festival littéraire de Brisbane, en tant qu'invitée.

 

De lancer alors une attaque cinglante sur le monde littéraire, en annonçant que dans ce même pays, 47 % des gens de Queensland ne savent pas lire un article de journal un peu complexe, ni les instructions sur un flacon de médicament.

 

Et Nick Earls de soutenir les propos de Greer, admettant qu'il faut être conscient de cette part sombre. «Il y a un nombre important d'Australiens adultes - bien plus que beaucoup d'entre nous ont pu le penser - qui n'ont pas les compétences en lecture qui leur permettraient de faire des choses modérément complexes », annonce-t-il.

 

« Et ce n'est pas dû aux SMS », s'insurge Greer. « Vous pouvez avoir votre propre langue. Vous pouvez avoir votre propre dialecte, votre façon de dire les choses, mais si vous n'avez pas de quoi réellement comprendre l'agencement de la langue, c'est le chaos ».

 

Et s'adressant à la Radio 4BC, après son discours, l'écrivain a déclaré trouver ce taux comme « choquant et effrayant ».

 

Le chiffre a été publié par le Bureau australien de la Statistique en 2007, après sa comparaison des taux d'alphabétisation dans l'État de 1996 à 2006. Mais pour Jane Cowell, directrice de la Bibliothèque publique d'État du Queensland, Germaine Greer a mal cité les données.

 

« Ce n'est pas 47 % du Queensland qui ne peut pas lire un journal ou un flacon de médicaments, mais 14,7 %, et 32 % qui ont des difficultés avec des choses comme des documents de location ou des conseils fiscaux ».

 

Pour Jane Cowell, rien n'y fera, les commentaires de Greer étaient insultants. « Les gens qui ont des difficultés de lecture sont intelligents, ingénieux et habiles », défend-elle. « Ils ont tout simplement manqué quelques blocs de construction dans leur éducation, ce qui a rendu difficile la lecture à l'âge adulte ».

 

L' « affront » proposé par Greer était surtout une source à débat, pointant les programmes du festival, unilinguisme. Même si, d'après Nick Earls, l'un des principaux objectifs était de mettre en avant des auteurs locaux et étrangers. Et les propos de Greer ne se sont pas arrêtés à la simple remarque sur le Queensland.

 

Ils ont également atteint les jeunes auteurs en herbe, trop nombreux, et la présence des enfants sur le lieu du festival. Selon Greer, la manifestation ne devrait pas inclure les classes scolaires, puisqu'il est de la responsabilité des écoles d'enseigner l'alphabétisation.