Cachemire : le festival littéraire annulé par peur des violences

Clément Solym - 30.08.2011

Culture, Arts et Lettres - Salons - inde - violence - festival


« C'est avec une grande tristesse que nous annonçons le report du Harud Literary Festival. » Le Cachemire est donc résigné : pas de fête du livre cette année, à cause d'un mouvement de boycott lancé par quelques opposants, se revendiquant de la liberté d'expression...

Dans un communiqué officiel, les organisateurs du Festival déplorent que l'édition de cette année soit annulée, mais voilà, au nom de la liberté de parole, les opposants ont refusé que des écrivains, des poètes et des dramaturges soient invités, et viennent s'exprimer. Drôle de manière de faire.


Une trentaine d'auteurs avait été conviée en provenance de Jammu, une région du sud-ouest et une vingtaine d'autres en provenance d'Inde. Et il ne fut jamais question de convier Salman Rushdie, soulignent les organisateurs. Or, l'un des problèmes, c'est que le romancier s'était manifestement invité tout seul. La controverse ne tarde pas, et les voix s'élèvent contre sa seule présence.

En Inde, le livre Les versets sataniques est toujours interdit, et nécessairement, la présence du romancier aurait été vue comme une agression.

Chose qui ravira les organisateurs du Salon du livre de Paris, le festival assure n'avoir reçu « aucun financement provenant d'une source gouvernementale ». En clair : pas d'argent public pour organiser l'événement. (en savoir plus)

Ainsi, les organisateurs revendiquent leur désir de ne pas alimenter les polémiques et plus encore, de ne pas provoquer une colère qui engendrerait des violences dans la région. Pas d'autres choix, donc, que d'annuler le festival.

Pourtant, une pétition circule, qui fait valoir la raison même d'exister de cette manifestation. En tant qu'événement qui « célèbre la libre circulation des idées et des opinions », le festival « suppose non seulement de ne pas être victime de la peur, mais il exige également une certaine indépendance d'esprit ».

Les publications du pays, comme nous le rappelions dans un article de janvier dernier, pointent tout particulièrement la violence ambiante. « Au Cachemire, la politique est inséparable de la vie quotidienne. Aucune famille n'a été épargnée par les violences, mais il faut du temps pour que les troubles trouvent une place dans la littérature locale, et il faut encore plus de temps pour que celle-ci soit traduite en anglais », pense Rahul Pandita, journaliste local. (voir notre actualitté)

Une violence qui se retrouve dans les textes littéraires, évidemment, et qui finit par s'exercer contre un festival littéraire. Ou comment une poignée d'excités parvient à déstabiliser un événement pacifique et ouvert.