Carton plein et lecture pour le collectif El Tren Blanco

Antoine Oury - 09.05.2013

Culture, Arts et Lettres - Salons - El Tren Blanco - fabrication de livres - collectif


À Deauville, on habille les enfants avec des sacs-poubelle : peintures et pigments justifient toutefois cet accoutrement, qui a le mérite de sauver les mamans d'interminables heures de lavage. L'atelier récurrent organisé par le collectif El Tren Blanco a reçu un franc succès lors du Salon Livres et Musiques, en proposant aux enfants de créer leur propre livre à coups de pinceau.

 

 

 

 

El Tren Blanco, Le Train Blanc, charrie une impressionnante cargaison d'histoires : pour en saisir toute la mesure, il faut remonter une décennie, et passer de l'autre côté de l'Atlantique, en Argentine. Le pays connaît alors une crise économique de l'ampleur que celle que traverse actuellement la Grèce, et connaît en quelques semaines une spectaculaire hausse du chômage, jusqu'à 50 % de la population.

 

« Une nouvelle classe de la population a alors émergé, vite surnommée « Los cartoneros », parce que ses membres récupéraient le carton dans les rues et auprès des commerçants pour le revendre à des usines de recyclage », explique Nicolas, membre bénévole de la coopérative Cephisa Cartonera. L'édition argentine, déjà fragile, encaisse elle aussi les coups (+ 300 % sur le prix du papier) et risque de ne pas se relever, au détriment des jeunes auteurs. 

 

L'écrivain Washington Cucurto et l'artiste plasticien Javier Barilaro, alarmés, décident alors de créer les éditions Eloisa.

 

Une maison ouverte à tous, puisqu'elle choisit avant tout le parti de la culture pour tous : « Quand un livre coûte en moyenne 70 pesos (40 €) en Argentine, les cartoneros peuvent le proposer à 5 pesos » explique notre interlocuteur. Comment ? En se contentant du strict minimum, carton de récupération et feuilles de papier pliées. Et en y ajoutant simplement le maximum, c'est-à-dire un texte qui peut dès lors circuler, s'échanger, se passer de main en main.

 

L'idée de la coopérative éditoriale a donc logiquement essaimé : plus de 150 cartoneros existent à travers le monde (de l'Amérique du Sud à la Suède, du Mozambique à l'Espagne), pour un modèle qui lie chaque élément de la chaîne du livre : dimension littéraire, créative, artisanale, éditoriale... Avec un seul impératif : chaque livre se doit d'être unique, et les bénévoles réalisent donc eux-mêmes chaque couverture. Et le prix est unique, fixé à 5 €.

 

Une approche Do It Yourself qui permet d'éviter les circuits élitistes de la diffusion et de la distribution, et participe à la désacralisation du livre, définitivement pour tous. L'utilisation des réseaux et échanges numériques permet d'ailleurs d'optimiser la capacité des cartoneos à essaimer, en rendant encore un peu plus simple l'échange des textes avant impression.

 

6 Cartoneros se sont ainsi développées en France : Yvonne Cartonera (Paris), La Guêpe Cartonnière (Paris), Babel Cartonera (Bagnières de Luchon) et Cephisa Cartonera (Clermont-Ferrand), Julieta Cartonera (Toulouse). Elles sont rassemblées au sein du collectif El Tren Blanco.