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Catherine Breillat : Abus de faiblesse n'est pas une “adaptation de son livre”

Antoine Oury - 12.02.2014

Culture, Arts et Lettres - Cinéma - Catherine Breillat - Christophe Rocancourt - adaptation


Ce mercredi sort en salles le nouveau film de Catherine Breillat, Abus de faiblesse. L'histoire d'un escroc qui profite de l'état de vulnérabilité d'une réalisatrice tout juste victime d'une hémorragie cérébrale pour lui extorquer d'importantes sommes d'argent. Une histoire qui ressemble fortement à celle de Breillat elle-même, victime de « l'escroc des stars » Christophe Rocancourt.

 

 

 

 

En 2005, Catherine Breillat est victime d'une hémorragie cérébrale qui la laisse hémiplégique : quelques mois auparavant, elle avait rédigé le scénario Bad Love pour la mannequin Naomi Campbell, une romance entre un bad boy et une star de cinéma. Pour le rôle du bad boy en question, elle porte son attention sur Christophe Rocancourt, déjà connu pour ses hauts faits d'escroquerie auprès des stars hollywoodiennes.

 

Entre 2007 et 2008, et malgré l'abandon du projet Bad Love, faute de financements, Breillat passe de plus en plus de temps avec Rocancourt, et signe plusieurs chèques, pour un montant total approchant les 800.000 €. Ruinée, la cinéaste hypothèque sa maison.

 

Suite à une plainte déposée par la cinéaste pour abus de faiblesse, Rocancourt est mis en examen en 2009, et sera condamné à 580.000 € et 16 mois de prison, dont 8 mois fermes pour ce motif en février 2012. Entre-temps, Catherine Breillat a rédigé un livre, Abus de faiblesse, avec Jean-François Kervéan, publié chez Fayard.

 

Pour ce même livre, Rocancourt a lui-même porté plainte pour atteinte à la vie privée : il a gagné ce procès, dont le jugement avait été rendu en juin 2011 : le juge du Tribunal de Grande Instance de Paris condamnait alors la cinéaste et l'éditeur, et les intimait d'« indemniser Monsieur Christophe Rocancourt pour atteinte à la vie privée, dans le cadre des propos contenus dans l'ouvrage Abus de faiblesse, publié le 18 novembre 2009 ». L'indemnisation s'élevait à 3.001 €, au total.

 

Le caractère autobiographique du livre ne faisait aucun doute, en témoigne sa quatrième de couverture : « J'ai fait des films, écrit des livres. J'ai pris des coups, souvent. L'hémiplégie a fait de moi un demi-cadavre, mais, de toutes les choses qui me sont arrivées... Christophe Rocancourt fut la pire. »

 

Pour son film Abus de faiblesse, Catherine Breillat se fait plus prudente : les noms ont été changés (Isabelle Huppert incarne « Maud Schoenberg » et Kool Shen « Vilko Piran »), et la réalisatrice l'assure au Parisien : Abus de faiblesse n'est pas « un biopic, ni une adaptation de son livre écrit avec Jean-François Kervéan ». D'après elle, l'intention « n'était pas plus autobiographique que ses autres longs métrages ». La bande-annonce précise toutefois « Inspiré d'une histoire vraie ».

 

L'avocat de Christophe Rocancourt, Me Marcel Ceccaldi, a laissé entendre qu'une action en justice allait être lancée : « Christophe Rocancourt est un produit qui se vend, mais la question qui se pose est celle de la protection de l'image. C'est comme s'il était condamné à perpétuité à être le symbole de l'escroc. C'est une atteinte intolérable à ce qui constitue sa personne même. » La plainte potentielle qui pourrait être déposée serait une nouvelle fois pour « atteinte à la vie privée ».