Ce que j'appelle oubli d'Angelin Prejlocaj, des mots en mouvement

Laura Heurteloup - 13.03.2013

Culture, Arts et Lettres - Théatre - Laurent Mauvignier - Ce que j'appelle oubli - Angelin Prejlocaj


Pour sa dernière création chorégraphique Angelin Prejlocaj adapte le roman de Laurent Mauvignier. Une envolée chorégraphique 100% masculine, sombre et émotive. Une mise au tapis d'un fait divers dont la puissance de l'injustice passe par des corps en tension et en action.

 

 

 

 JC Carbonne

 

 

Ce que j'appelle oubli se présente comme un ovni littéraire. Ecrit par Laurent Mauvignier, ce roman composé uniquement d'une seule phrase d'une soixantaine de pages est adaptée par Angelin Preljocaj et ses six danseurs. Une longue trainée de mots interprétés par le jeune comédien Laurent Cazanave qui ne mâche pas ses maux. La souffrance y est perceptible. Dans un étouffement maladif, il clame ce fait divers - le meurtre d'un jeune homme de 25 ans par des vigiles d'un supermarché lyonnais - comme une douce musique aux notes colériques et endeuillées. Sa voix est grave et s'éteint dans un souffle comme une brise légère qui s'estompe.

 

Sa performance accompagne les six danseurs qui s'agitent sur le son de sa voix soporifique. L'effet monotone et monocorde de son interprétation s'amenuise avec la complémentarité de la chorégraphie. Comme un langage des signes, les danseurs mettent des images sur les mots de Laurent Cazanave. Les deux lectures artistiques dissociables s'imposent de façon tellement forte qu'il est presque impossible d'y être attentif simultanément. La création chorégraphique appuyée par le texte de Laurent Mauvignier reprend les codes typologiques des personnages. En fond de scène les danseurs de Preljocaj jouent à tour de rôle le voleur, le frère, les vigiles du magasin.

 

Dans une tension palpable des corps, ils jouent sur la symétrie des mouvements dans une parfaite synchronisation. Les gestes jusqu'alors rigides et saccadés deviennent plus amples, ronds, aériens et voluptueux. La violence et l'inconscience transparaissent dans une danse dramatique en proie à la souffrance dont les phrases chorégraphiques, portées par une musique suffoquante semblent transpirées la culpabilité, pierre tombale de l'oubli.