Ces Flip Books qui revisitent la littérature : une exposition vidéo unique

Nicolas Gary - 24.07.2018

Culture, Arts et Lettres - Expositions - exposition Flip books - Librairie Caractères exposition - Mont Marsan librairie


Ses premiers flips books servirent à illustrer un atelier en médiathèque, voilà près d’un an et demi. Depuis, Marie Paccou s’est lancée dans la production de ces ouvrages revisités, dessinés et diffusés en vidéo sur les réseaux. Depuis Clermont-Ferrand, la réalisatrice, adepte des films d’animation, livre un autre regard sur des histoires pourtant classiques...



 

 

« Il n’y avait pas d’endroit plus interdit pour écrire sur des livres qu’une médiathèque, je crois que c’est cette idée qui m’a tout de suite plu », explique-t-elle à ActuaLitté. Membre de la Maison aux mille images, association auvergnate, la voici en charge d’un atelier voilà 18 mois, autour de la création de flip books. « Pour gagner du temps sur la reliure et la création, je me suis dit qu’il serait plus simple de travailler directement sur des livres. »

 

Voici comment sont nés les quatre premiers exemplaires de son travail. « J’ai préparé des exemplaires de démonstration, pour exposer les différentes techniques dans le cadre de l’atelier. » Au fil des pages, l’idée de l’animation revient, et elle poste sur Facebook son premier court, L’éternel mari de Dostoïevski. « La vidéo est devenue virale rapidement », s’étonne-t-elle encore.

 

Des heures de constructions méticuleuses
 

Dans le même temps, son activité cinématographique se heurte à une multitude de difficultés : « J’étais lasse de présenter des dossiers et de travailler à un scénario. » Les vidéos de flip books deviennent alors une véritable série : puisant dans sa propre bibliothèque, elle se lance dans des créations – entre 48 heures et plusieurs semaines de production – que ActuaLitté a régulièrement diffusées. Pour On The Road, ce fut un mois de préparation, par exemple. La gloire et la reconnaissance internautique...

 

Et depuis une dizaine de jours, la librairie Caractères, à Mont-de-Marsan, a mis en place une exposition, organisée par l’association Librairie Social Club. Le lieu, historique dans la ville, dispose d’un espace où il était possible de présenter les livres tout en diffusant les vidéos des flip books. 

 

L’association, précise Marie Lagoeyte, « travaille en parallèle avec la librairie, pour développer une programmation littéraire, artistique, et organiser des rencontres avec des auteurs ». L’enseignante est elle-même en charge des expositions et de la programmation, autant que de la communication.

 

Des oeuvres redevenues vivantes
 

« Nous avons rencontré Marie, parce qu’elle a de la famille dans la région, et que nous sommes également en recherche, pour la librairie, d’artistes et de projets originaux. Qu’il s’agisse de créateurs du territoire, ou d’œuvres venant d’ailleurs : l’idée est que tout cela (nous) plaise, et soit porteur d’une réalisation originale, nouvelle. »

 

Anthony Clément, gérant de la librairie, souhaitait que se mette en place toute cette entreprise de valorisation dans les murs de l’établissement, avec le concours de l’association. « Librairie Social Club aide Anthony sur la création de projets, pour soutenir son dynamisme : aujourd’hui, c’est un pôle culturel reconnu, tant pour des concerts que des animations littéraires. Et depuis un an et demi, cela se développe très, très vite. »
 

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Responsable de Caractères depuis cinq ans maintenant, Anthony Clément souligne que la librairie a beaucoup évolué, depuis sa création en 1986. « Quand je l’ai reprise, nous avons créé l’association à côté, dans le même mouvement. Nous avons réalisé de nombreuses rencontres, et, désormais, la librairie est vue comme un espace culturel. »

 

Depuis son déménagement face au cinéma Royal, dans un ancien garage pour motos, Caractères porte de mieux en mieux son nom. « C’est devenu un lieu atypique : des livres, toujours, le café désormais, et en plus cet espace transdisciplinaire où l’on peut faire des concerts et des projections », poursuit-il.

 

Lors d’une réunion de programmation, les œuvres de Marie Paccou présentées ont rapidement résonné : faire entendre au public tout à la fois le processus créatif et tant le regard que la lecture de ces œuvres revisitées, « nous avions forcément de la place pour elle ».

 

Considérer le livre comme « vecteur de rencontres est une chose, mais, au sein de Caractères, c’est bien plus. Avec cette exposition, qui reprend une quinzaine des œuvres de Marie, nous avons senti comment le lien peut s’opérer. Ce sont des romans à côté desquels on passe sans plus s’en apercevoir : grâce aux flip books et aux vidéos, nous les redécouvrons comme des œuvres vivantes ». D’autant que l’approche graphique varie suivant les textes, toujours cultes.


 

 

L’attrait des lecteurs se renouvelle également, alors que la librairie s'est lancée dans un travail des ouvrages de son fonds, comme Madame Bovary, ou L’Odyssée – textes qui sont passés entre les mains de la réalisatrice. « Nous sommes loin de l’ultracontemporain, mais cela nous facilite le travail, pour remettre en avant ces livres anciens », note Anthony Clément.


« Les livres sont présentés au public, certains à manipuler avec précaution. Mais les retours que nous avons sont très appréciables : il y a la clientèle habituelle que nous connaissons, qui les apprécie. Et puis, celle qui vient pour l’été, et découvre ce projet avec enthousiasme », reprend Marie Lagoeyte.


« L’exposition est un exercice qui n’a rien d‘évident : d’un côté, tout repose sur des vidéos, des objets qui étaient pensés pour Facebook, et qui sont multiples, reproductibles. Et de l’autre, l’objet livre qui lui est unique », s'amuse toutefois Marie Paccou. 

 

Un festival d'animation à Hiroshima
 

La librairie exposera les livres jusqu’à la fin du mois, et entre temps, Marie Paccou se sera rendue au Japon avec le soutien d'uniFrance, pour un festival qui se déroule à Hiroshima, A Little Lovin. « C’est un des plus anciens et plus prestigieux festivals de films d’animation mondiaux. Je leur ai soumis un projet réalisé avec des étudiants espagnols, en m’appuyant sur les Flip Books qu’ils ont produits lors d'un atelier, et j’ai monté un film sur une chanson américaine. » Une chanson qui parle de poètes... et le court-métrage a été sélectionné.

 

 

 

Ce voyage au Japon lui donne l’envie d’explorer des auteurs de l’Archipel, et notamment Kôbô Abe. « Cette typographie verticale m’intéresse particulièrement. Et deux de ses livres, que j’avais lus, me donnent des idées. En l’occurrence L’homme boite, qui raconte un peu la vie d’un clochard, et l'isolement de cet homme qui vit dans une boîte. Il y a aussi La femme des sables, où l’on suit une vie de couple au sein d’une maison où le sable rentre de partout. C’est assez étouffant... »

 

On pourra retrouver l’ensemble de ses créations à cette adresse. Et certains attendent encore de trouver une bibliothèque accueillante. En octobre 2019, la médiathèque Voyelles de Charleville-Mézières proposera une exposition des livres – et pourrait, pour sa propre collection, s’offrir un exemplaire de Rimbaud. Revisité par ses soins.




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