"Chaque écrivain a des démons", Sophie Divry

La rédaction - 12.11.2014

Culture, Arts et Lettres - Récompenses


Sophie Divry, publiée par les éditions Noir sur Blanc/Notabilia, est la lauréate de la mention spéciale du jury du prix Wepler pour La condition pavillonnaire. Doté de 3000 €, cette récompense s'inscrit dans la démarche du prix, de « récompenser l'excès, l'audace, l'érudition et l'inclassable ». Nous publions à cette occasion l'intégralité du discours qu'elle a prononcé, véritable déclaration d'amour à la littérature.

 


 

 

Chaque écrivain a des démons qui lui rendent visite tous les jours ou irrégulièrement. Jacques Roubaud énumère les siens dans La Dissolution. Le poète a le démon de la digression et de la parenthèse, le démon de la procrastination, le démon du renoncement, le démon des plans. 

 

Nous avons aussi le démon de l'originalité absolue, qui trompe souvent les artistes, le démon du doute, le démon de la culpabilité d'écrire, le démon de la cohérence ; ce ne sont pas tous des démons malfaisants.

 

Il existe tout de même le démon du narcissisme, le démon de la mode facile, le démon du délayage, mais nous ne croisons pas ceux-ci au Wepler.

 

Personnellement je connais bien le démon de la description, souvent allié au démon de l'avant-garde ; ainsi que le démon de la politique parce qu'il n'aura pas échappé au jury la dimension politique de mon roman La Condition Pavillonnaire. Comme tout lettré, j'ai le démon de la référence ou démon de l'érudition parce qu'on écrit avec les influences, tout en essayant de ne pas faire de littérature uniquement savante, mais bien en prise avec ce monde : « la tradition c'est la passation du feu, non la vénération des cendres » disait le compositeur Gustav Malher.

 

Sophie Divry

 

Chaque texte que nous parvenons à achever est à un combat contre ses démons, en tentant de les maîtriser. Un combat avec ses démons, en nous servant de leurs pouvoirs. Avec ou contre, mais jamais sans eux.

 

Parmi ses démons, l'un d'eux, qui a un pouvoir obscur de motivation et une puissance terrible de découragement, est le démon de la reconnaissance. 

 

Comme les autres démons, il faut le connaître, lui donner parfois à manger, il faut souvent le garder à l'œil et même l'éloigner. Comme tous les autres démons, il faut qu'il se tienne tranquille et n'entrave pas notre besoin de création, car tout artiste ne doit s'occuper de rien d'autre que de suivre ses désirs pluriels de littérature. 

 

En recevant cette Mention spéciale du très beau prix Wepler et de son jury 2014, je suis une auteure heureuse : mon démon va se tenir tranquille pendant un moment. Je suis heureuse pour mon texte, qui m'a amené là où je ne pensais pas aller, mais aussi la jeune collection Notabilia. Je suis heureuse d'être avec vous ce soir qui faites tant pour la littérature de qualité, avec vous pour partager à présent le démon du champagne et des petits-fours.

 

Retrouver La condition pavillonnaire, en librairie

La condition pavillonnaire nous plonge dans la vie parfaite de M.-A., avec son marie et ses enfants, dans sa petite maison. Tout va bien et, cependant, il lui manque quelque chose. l'insatisfaction la ronge, la pousse à multiplier les exutoires : l'adultère, l'humanitaire, le yoga, ou quelques autres loisirs proposés par notre société, tous vite abandonnées. Le temps passe, rien ne change dans le ciel bleu du confont. L'héroîne est une velléitaire, une inassouvie, une bovary...Mais pouvons-nous trouver jamais ce qui nous comble ? Un roman profond, moderne, sensible et ironique sur la condition féminine, la condition humaine.