Charia : Le jury du Prix Femina boycotte l'Hôtel Meurice

Julien Helmlinger - 18.09.2014

Culture, Arts et Lettres - Récompenses - Prix Femina - Charia - religion - Boycott


Ce mercredi, les membres du jury du Prix Femina ont composé leur première sélection 2014 de romans français et étrangers en lice pour la récompense. Par ailleurs, les dames de lettres ont pris une décision d'ordre moral. Celle de boycotter leur quartier général habituel, le palace parisien Le Meurice. Le controversé propriétaire, actuel sultan de Brunei, a rétabli la charia dans le sultanat depuis le mois de mai. Les récompenses seront donc remises le 3 novembre au Cercle Interallié, rue du faubourg Saint-Honoré.

 

 

Crédits : Le Meurice

 

 

Dans ses palaces luxueux disséminés à travers le globe, le sultan Hassanal Bolkiah, l'une des plus grandes fortunes mondiales, propose certainement d'excellents vins à ses riches clients. En revanche, les sujets du monarque islamique se font resservir depuis quelques mois les règles de la charia. Leur consommation d'alcool est ainsi punie de flagellation, comme l'avortement, tandis que l'amputation s'applique aux voleurs, la lapidation et autres châtiments corporels à divers types d'infractions.

 

Inutile de préciser qu'en cette monarchie, enclavée dans le territoire malaisien, la liberté de la presse est inexistante. D'ailleurs, un seul parti politique est autorisé par le sultan, qui en est le chef. Mais pour avoir ressorti cette « loi islamique » radicale des placards du moyen-âge, le monarque n'est pas épargné par la critique en Occident. Une pétition circule désormais pour appeler la clientèle à boycotter les établissements hôteliers du sultan.

 

Cette pétition a notamment été signée par Anna Wintour, patronne de Vogue aux États-Unis ainsi que shaman de la mode, mais aussi d'autres célébrités comme Stephen Fry, l'entrepreneur britannique Richard Branson, l'icône LGBT Ellen De Generes, et les hommes d'affaires français François Pinault et son fils François-Henri. Une mobilisation qui a eu son effet cet été, avec des réservations annulées au sein des Beverly Hills Hotel, Meurice, Plaza Athénée et Dorchester de Londres.

 

Côté politique, le commissaire européen au Commerce, Karel De Gucht, a depuis assuré son soutien aux signataires de la pétition. En revanche, après avoir ressenti les premiers effets de la campagne, le directeur général de Dorchester Collection, François Delahaye, s'était dit « stupéfait par l'ampleur que cette affaire prend. C'est de l'acharnement. Et les seules personnes qui vont être affectées par ce boycott, ce sont les 3.500 salariés du groupe, certainement pas le sultan ».

 

Bien que François Delahaye ne défend pas lui-même le retour à la charia, il estime que « si l'on devait sanctionner tous les hôtels de prestige qui ont des capitaux là où sévit la charia, il n'y aurait plus beaucoup d'hôtels de prestige où descendre ». Certes. Reste à savoir si l'on préfère défendre ces lieux de luxe réservés à une poignée de privilégiés, où plutôt le respect des droits humains dont chacun devrait pouvoir bénéficier. Les membres du jury littéraire ont quant à elles fait leur choix.

 

L'Hôtel, contacté par ActuaLitté, n'a pas encore répondu à nos demandes de commentaires.

 

Ci-dessous, malgré tout, les fameuses listes :


Romans français :

 

  • Yves Bichet, L'homme qui marche (Mercure de France)
  • Gérard de Cortanze, L'an prochain à Grenade (Albin Michel)
  • Julia Deck, Le Triangle d'hiver (Minuit)
  • Isabelle Desesquelles, Les hommes meurent, les femmes vieillissent (Belfond)
  • Claudie Hunzinger, La langue des oiseaux (Grasset)
  • Fabienne Jacob, Mon âge (Gallimard)
  • Marie-Hélène Lafon, Joseph (Buchet-Chastel)
  • Yanick Lahens, Bain de lune (Sabine Wespieser)
  • Luc Lang, L'autoroute (Stock)
  • Laurent Mauvignier, Autour du monde (Minuit)
  • Antoine Volodine, Terminus radieux (Seuil)
  • Éric Vuillard, Tristesse de la terre (Actes Sud)
  • Valérie Zenatti, Jacob, Jacob (L'Olivier)


Romans étrangers :

 

  • John Banville, La lumière des étoiles mortes (Robert Laffont) - Irlande
  • Sebastian Barry, L'homme provisoire (Gallimard) - Irlande
  • Lily Brett, Lola Benski (La Grande Ourse) - Australie
  • Jennifer Clement, Prière pour celles qui furent volées (Flammarion) - États-Unis
  • Charles Frazier, A l'orée de la nuit (Grasset) - États-Unis
  • Drago Jancar, Cette nuit je l'ai vue (Phébus) - Slovénie
  • Nell Leyshon, La couleur du lait (Phébus) - Grande-Bretagne
  • Claire Messud, La femme d'en haut (Gallimard) - États-Unis
  • Philipp Meyer, Le fils (Albin Michel) - États-Unis
  • Leonardo Padura, Hérétiques (Métailié) - Cuba
  • James Salter, Et rien d'autre (L'Olivier) - États-Unis
  • Taiye Selasi, Le ravissement des innocents (Gallimard) - Grande-Bretagne
  • Zeruya Shalev, Ce qui reste de nos vies (Gallimard) - Israël
  • Juan Gabriel Vasquez, Les réputations (Seuil) - Colombie