Charjah invite les professionnels du livre, sur fond de liberté de publier

Antoine Oury - 31.10.2017

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La Foire internationale du livre de Charjah, la plus importante du monde arabe et l'une des plus grandes du monde tout court, ouvrira ses portes le 1er novembre prochain pour une dizaine de jours. En attendant, l'émirat a invité les professionnels de l'édition pour deux journées spéciales, avec la présentation, notamment, de la « Sharjah Publishing City », un complexe dédié à l'édition destiné à attirer les entreprises du secteur. La question de la liberté d'éditer reste posée dans un des émirats les plus rigoristes.


Ahmed Al Ameri, Sharjah Book Authority
Ahmed Al Ameri, président de la Sharjah Book Authority (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 


La 36e édition de la Foire internationale du livre de Charjah s'ouvrira ce 1er novembre, mais elle a déjà commencé pour les professionnels du livre — éditeurs, chargés de droits et agents —, qui vont se retrouver et négocier à l'occasion de ce rendez-vous qui compte beaucoup pour l'édition de textes arabes. 4000 éditeurs spécialisés dans la traduction se retrouveront à Charjah, venus d'une soixantaine de pays, se félicite Ahmed Al Ameri, président de la Sharjah Book Authority, organisme créé en 2013 et qui gère aujourd'hui la Foire internationale. 

« Grâce aux campagnes consacrées au livre, mais aussi à la distribution, au soutien à la traduction et à la publication, Charjah est aujourd'hui en tête des régions des Émirats arabes unis pour l'édition, ce qu'a reconnu l'Unesco en nommant Charjah capitale mondiale du livre pour 2019 », souligne Al Ameri en ouverture des journées professionnelles. 

Difficile, en effet, de ne pas remarquer les efforts du Royaume pour l'édition : un peu plus de 250 professionnels ont été invités, tous frais payés, par l'émirat (NdR : notre déplacement a également été pris en charge par Charjah), comme chaque année, avec pour seule contrepartie de participer aux négociations organisées entre les différents invités (les « matchmakings »).
 

Ouvrir une nouvelle page pour l'édition dans le monde arabe


Charjah propose aussi une bourse pour aider à financer les traductions de textes négociées lors de ses journées professionnelles. L'objectif est clair : devenir un salon incontournable pour la vente de droits, une sorte de Foire de Francfort du monde arabe. 

Au rang des investissements, l'émirat présente également cette année sa « Publishing City », une infrastructure de 40.000 m2 accolée à la Sharjah Book Authority et destinée à accueillir des maisons d'édition de l'international en leur proposant des espaces à louer à des prix très compétitifs.  
 

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Charjah est considéré comme l'un des émirats les plus rigoristes (application de la charia, délit d'homosexualité, etc.), mais le soutien au livre et à la lecture y semble très développé. La Sharjah Book Authority organise ainsi un Sharjah Children's Reading Festival, gère un réseau de bibliothèques (la Sharjah Library et ses 5 branches dans la ville), tandis que les écoliers bénéficient d'une journée complète à la Foire internationale du livre. 

« Si Charjah peut être capitale de la culture, elle peut aussi ouvrir la voie à une plus grande liberté de publication », a souligné le Dr. Michiel Kolman, président de l'Union internationale des éditeurs et vice-président des relations internationales avec les universités pour Elsevier, éditeur scientifique néerlandais.

En ouverture des négociations professionnelles, les responsables rappelleront en effet que les éditeurs des Émirats ne sont pas preneurs de livres au contenu sexuel, religieux ou portant préjudice à l'émir ou à sa famille...