Chris Marker "artisan bricoleur", se souvient Filippetti

Clément Solym - 30.07.2012

Culture, Arts et Lettres - Cinéma - Chris Marker - décès - La Jetée


Le cinéaste français, inlassable réalisateur, opposé à la guerre du Vietnam en son temps, et dernièrement frénétique uploader sur YouTube, est décédé aujourd'hui à l'âge de 91 ans. Il avait commencé sa très longue carrière artistique par la littérature, et a toujours conservé et entretenu des liens serrés avec l'expression écrite.




Chris Marker fait irruption dans la vie littéraire à 26 ans, en s'illustrant dans la revue Esprit pour laquelle il écrit ses premiers articles : des commentaires politiques ou des poèmes, dans une mouvance ouvertement philosophique et communiste (l'homme s'est illustré dans la Résistance). Il y rencontre le théoricien du cinéma André Bazin et son confrère et ami Alain Resnais. 

 

Son premier et unique roman, Le Coeur net, est publié par les éditions du Seuil (où Marker dirige la collection « Petite Planète ») en 1949. Sur les pistes d'atterrissage, le spectre Agyre se souvient de ses amours perdus : difficile de ne pas y reconnaître une inspiration pour La Jetée, probablement le plus célèbre court-métrage de Marker. « Mourir est tout au plus l'antonymye de naître. L'antonyme de vivre reste à trouver », écrit-il dans ce roman. En 52, l'auteur continue son chemin avec l'écriture d'un opus sur Jean Giraudoux, dans la fameuse collection « Par lui-même ».

 

C'est sur les conseils d'Alain Resnais et avec son aide que Chris Marker se tourne vers le cinéma : 

« Je m'occupais alors de Travail et Culture [dans la revue Esprit]. Alain, lui, suivait des cours de comédie chez [Michel] Simon. Tout de suite nous avions sympathisé. Nous avions des manies communes : les comic-strips, les chats et les films... » explique-t-il dans un entretien aux Lettres françaises en 1957.

 

Si son parcours se tourne radicalement vers le 7e art après cette rencontre (le cinéaste continuera d'effectuer des traductions), Marker garde un lien avec le monde des lettres, qu'il intègre souvent à ses recherches photo et cinématographiques.

 

Citons, entre autres, la voix de Jorge Semprun dans Le Fond de l'air est rouge (1977), ou cette citation du dossier de presse de Level Five (1996), « Faire des films seul, dans un face à face avec soi-même, comme travaille un peintre ou un écrivain, n'est plus désormais une pratique uniquement expérimentale. »



Mise à jour 16h. Hommage de la ministre de la Culture


Chris Marker nous a quittés. Il avait choisi de simplifier son vrai nom : Christian-François Bouche-Villeneuve, pour mieux endosser la tenue de camouflage du cinéaste globetrotteur, de « l'artisan bricoleur » qu'il aura été pendant plus de soixante ans. C'était un artiste éclectique et engagé, le parfait honnête homme du XXIe siècle alliant l'actualité politique du monde, le goût du beau et les techniques numériques.

Cinéaste, documentariste, photographe, mais aussi éditeur, traducteur, philosophe, essayiste, poète, et même illustrateur, Chris Marker était partout présent, pour témoigner, dénoncer. Parachutiste pendant la Résistance, missionné par l'Unesco dans les années 50 pour « mettre le cinéma au service de l'éducation de base », son oeuvre gardera l'empreinte indélébile de sa tendresse pour toutes les révolutions culturelles. Il a signé « La Jetée » en 1962, qui lance sa célébrité, « Le Joli Mai » ou « Le Fond de l'air est rouge », ses films majeurs. Il aimait collaborer avec d'autres cinéastes et artistes de toutes sortes, voire de simples ouvriers. « Les Statues meurent aussi », avec Alain Resnais, contre le colonialisme, ou « Lettre de Sibérie », dialoguent avec de mémorables portraits de Tarkovski ou de Kurosawa, où transparaît sa propre vision esthétique et humaniste.

Le public avait pu admirer son oeuvre et sa fascination pour internet et l'art numérique avec une rétrospective aux Rencontres d'Arles 2011 (300 oeuvres photographiques créées entre 1957 et 2010).