Christine Angot au Salon : "L'écrivain est un scientifique"

Louis Mallié - 24.03.2014

Culture, Arts et Lettres - Salons - Angot - Eddy Bellegueule - Le Monde des Livres


À l'occasion du troisième jour du Salon du livre, l'écrivain Christine Angot a accepté de monter sur la scène des auteurs afin de parler de nous parler de son dernier ouvrage La petite foule, paru chez Flammarion. La rencontre a été pour elle l'occasion d'exposer sa vision de la littérature et de la fonction des mots, qu'elle a définie comme bien plus à même de décrire une société que n'importe quelle science. 

 

Christine Angot dans les années 1990.

François Alquier, CC BY-SA 3.0

 

 

La rencontre s'est ouverte par une citation de Roland Barthes extraite de sa leçon inaugurale au Collège de France. « La science est grossière, la vie est subtile, et c'est pour corriger cette distance que la littérature nous importe. » Une phrase qui n'est pas sans déplaire à l'auteure de L'inceste,  qui semble considérer l'écrivain moins comme un artiste que comme un scientifique. Petit florilège de préceptes de la sérénissime.

 

 « C'est important de commencer à se rendre compte que la démarche d'un écrivain peut-être vue comme une démarche scientifique. L'écrivain n'est pas quelqu'un de farfelu.  L'imaginaire un des moyens de voir les choses comme elles sont. On croit toujours que les écrivains sont devenus écrivains parce qu'ils aiment les mots. Cela ne viendrait pas à l'idée de demander à un biologiste s'il est devenu biologiste par amour pour les tubes à essai. Pourquoi alors dit-on à l'écrivain qu'il a voulu écrire pour les mots ? J'aime les mots, j'ai grandi avec, mais c'est je suis d'abord devenue écrivain pour les choses. » 

 

À propos de la lettre écrite pour la garde des Sceaux Christiane Taubira suite aux insultes racistes dont elle avait été victime, Christine Angot a avoué avoir été blessée « non pas en tant qu'écrivain, mais en tant qu'être humain » . Les explications ont continué; mais alors que l'écrivaine en était à dire que « L'objectif de l'homme politique est de changer les choses .C'est donc normal de mentir, afin de pouvoir continuer à agir. » Elle s'est interrompue, plusieurs spectateurs quittant l'assemblée.

 

« J'ai lu tous vos ouvrages Mme Angot et je vous aime beaucoup. Mais nous sommes venus pour que vous nous parliez de votre dernier livre », s'est agacée l'une d'entre eux. « Vous avez raison, madame » repique Angot et, se tournant vers Jean Birnbaum, en riant : « je ne répondrai plus à une seule question portant sur Christine Taubira. » 

 

Le débat n'a donc pas eu d'autres choix que de se tourner dans le plus grand sérieux vers La petite foule, ouvrage qu'elle dit inspiré des fameux Caractères de La Bruyère. « Je l'ai beaucoup lu en écrivant. Ma démarche ici n'était pas celle d'un statisticien. La statistique ne parle pas des êtres. Ce ne sont que des chiffres. On est jamais qu'un seul être humain à la fois, et on n'en regarde vraiment qu'un seul à la fois C'est ce que j'ai voulu faire dans ce livre, rendre compte de plusieurs caractères - ce que ne fera pas une science comme les statistiques.  C'est de cela que je parle quand je dis que l'écrivain est un scientifique. »

 

La dernière question porta sur son opinion sur le roman d'Édouard Louis,  En finir avec Eddy Bellegueule. « Vous savez il y a plusieurs types d'écrivains. Celui qui se place au dessus de son lecteur et qui lui dit "laisse-moi faire". Son orgueil dans la vie se retranscrit dans son écriture. Ensuite il y a l'auteur qui se place en dessous du lecteur. Il y a même un rapport sadomasochiste qui s'instaure dans lequel l'auteur fait croire qu'il se laisse marcher sur les pieds. C'est ce que fait Édouard Louis. Mais moi j'essaye bien plutôt de construire un rapport d'égalité avec le lecteur. »