Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Cinéma : L'Inde refuse Les Enfants de Minuit, tiré du livre de Rushdie

Clément Solym - 10.09.2012

Culture, Arts et Lettres - Cinéma - Salman Rushdie - Les enfants de minuit - livres


Le roman de Salman Rushdie, publié en 1981, Les Enfants de Minuit avait connu une nouvelle adaptation au cinéma, et vient également d'embarquer le romancier dans de nouvelles galères. Et pas turques, les galères : juste indiennes. Ça tombe bien, l'écrivain n'en était pas à ce genre de problème près, avec son pays d'origine. 

 

 

 

Lors de la première présentation au public de son film, durant le festival de Toronto qui se déroulait ce week-end, Deepa Mehta, directeur du film a déclaré qu'aucune société de distribution indienne ne souhaitait acquérir les droits de diffusion de l'oeuvre, d'après l'Hindustan Times.

 

« Salman, a souvent dit que ce livre était une lettre d'amour adressée à l'Inde. Je pense que le film reflète cet amour. Quel dommage que des politiciens apeurés privent le peuple indien de la possibilité de se faire sa propre opinion sur ce qu'il veut ou ne veut pas dire », ajoute-t-il. 

 

C'est que dans le livre, et in extenso, dans son adaptation, les politiciens du pays en prennent pour leur grade, présentés comme des hommes aux manières peu flatteuses. Une marque de faiblesse dans la démocratie indienne, qui poursuit le romancier dans sont réseau de relations toujours aussi trouble. 

 

N'oublions pas que depuis 1988, Les Versets sataniques sont toujours interdits à la vente. Une insulte faite à l'Islam, considèrent les extrémistes, qui n'ont toujours pas digéré que la fatwa ne soit pas venue à bout de l'homme. Quant aux mémoires du romancier qui doivent sortir ce mois-ci outre-Manche, elles n'auront pas beaucoup plus droit de cité en Inde.  

 

Cette année, c'est également à l'occasion d'un festival du livre organisé à Jaipur, que le romancier avait subi des pressions nationales. Des groupes d'opposants promettaient des attentats et des manifestations si l'on maintenait l'invitation faite à Rushdie de se rendre et de prendre part à cette foire. (voir notre actualitté)

 

Certaines sources avaient promis de grandes manifestations en cas de la venue de Salman, arguant que le romancier avait heurté et violenté leur sentiment religieux, en rédigeant Les versets sataniques, et qu'à ce titre, il était interdit de séjour. Cela sous peine de voir un conflit se déclencher. 

 

Mais voilà, le ministre de l'Intérieur a tenu à lui sauver la face : si Rushdie n'est pas venu, c'est de son propre chef. « Personne n'a empêché Rushdie de venir en Inde. Il est d'origine indienne. Il n'a pas besoin d'un visa », rapportait alors le Times of India. Et d'ajouter : « La décision d'annuler sa visite provient de l'organisateur du festival littéraire ».

 

Un exercice de courage-fuyons particulièrement bien mené : rappelons qu'aucun soutien de la part du gouvernement n'a été apporté aux organisateurs. De plus, quand Rushdie a décidé de ne pas venir, c'était avant tout pour ne pas risquer de voir les autres auteurs, ainsi que le public et les organisateurs blessés ou tués, en cas d'attentat.