Comment l'émancipation féminine en Inde est née au sein d'une société littéraire

Gariépy Raphaël - 22.10.2020

Culture, Arts et Lettres - - Inde international Edition - féminisme société Inde - Société littéraire auteur


Dans la très traditionnelle société indienne du XIXe siècle est née une association dissidente : le Bombay Sorosis. Ce cercle littéraire féminin avait adopté une devise provocatrice : « Le monde a aussi été fait pour les femmes ».
 


Le 10 juillet 1889, la médecin et féministe Emma Brainerd-Ryder invite des femmes de la région de Bombay à se réunir pour lire et échanger sur le monde et les écrivaines qui l'ont façonné. À cette époque, les jeunes filles qui répondent à l’appel sont toute mariées et l’Américaine doit expliquer en détail aux maris, belles-mères et autres chaperons familiaux, les tenants et aboutissants de son projet avant d’être autorisée à planifier la première réunion. Au final, 47 femmes se tiendront face à elle au sein de l’école pour filles Alexandra, non loin de la capitale. 

Ce groupe de discussion, centré sur la littérature, semble de prime abord loin d’avoir des prétentions révolutionnaires, mais ce moment symbolique soulève l’enthousiasme de la presse féministe occidentale. Le Women’s Journal qualifie ainsi cette première réunion de « première société littéraire pour femmes originaires d’Inde ».
Au XIXe siècle « les mariages de famille, les naissances et les décès — et pour le reste les plus simples bagatelles — constituaient la somme totale des expériences des femmes indiennes », écrit l’historienne et écrivaine Margaret Boehme Denning dans Mosaics from India. « L’histoire, les actes d’héroïsme et la vie courante semblaient à peine les atteindre. »

Une autre réunion officielle du groupe suivit en octobre où le nom officiel Bombay Sorosis fut choisi et la fameuse devise adoptée. « Sorosis » était aussi nom donné à un club de femmes créé à New York en 1868 (repris par des sociétés littéraires similaires dans d’autres villes américaines). Jennie June Croly fonda le New York Sorosis après qu’elle et d’autres femmes journalistes se firent exclure d’un dîner officiel avec le romancier britannique en visite Charles Dickens. 
 

 
 

Les « petites femmes »


En plus de pratiquer la médecine, Emma Brainerd-Ryder était une grande voyageuse : elle posa ses valises dans de nombreux pays, instillant ses idées féministes aux quatre coins du globe. Un an après avoir fondé Bombay Sorosis, Brainerd-Ryder décida de créer une  école technique pour femmes. 

En plus de compétences utiles pour le milieu professionnel comme la comptabilité ou la couture elle souhaitait que l’établissement participe à leur l’émancipation. Comme avec Bombay Sorosis, elle essaya de nouveau de convaincre les différents chaperons familiaux, qui ne cédèrent que contre paiement. Les maris se présentaient ainsi tous les samedis matin pour récupérer l’argent que leurs épouses avaient gagné en suivant les cours de la semaine. 

Au moment de son départ pour le Sri Lanka puis pour l’Australie en 1892, le Bombay Sorosis comptait 200 membres, dont beaucoup choisirent d’assister aux réunions par correspondance. La situation en Inde, et notamment les mariages forcés, choquèrent profondément Brainerd-Ryder et lui inspirèrent un ouvrage : The Little Wives of India, où elle témoigne de son expérience de médecin au chevet des petites filles traumatisées. 

« Un homme peut être une créature vile et répugnante ; il peut être aveugle, fou, idiot, lépreux ; il peut avoir cinquante, soixante-dix ou cent ans, et peut-être marié à un bébé de cinq ou dix ans qui déteste sa présence, mais s’il la réclame, la loi anglaise pour la “restitution des droits conjugaux” l'oblige à rester en son pouvoir et l’emprisonne si elle refuse. »


Via Scroll in 

Crédit photo : The History of the Woman's Club Movement in America - Jane Cunningham Croly


Commentaires
Vive l'Amérique, donc !
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