Comment lire Atwood ou 1984 et dire qu'on n'aime pas la science-fiction ?

Nicolas Gary - 21.11.2019

Culture, Arts et Lettres - Salons - littératures imaginaire - lecteurs découverte livres - science fiction fantasy


Au cours des trois dernières années, le milieu des littératures de l’imaginaire s’est profondément modifié au Québec. Après avoir offert au Polar une place particulière en 2018, le Salon du livre de Montréal accorde toute une journée à ces mauvais genres… Au menu, science-fiction, fantasy, pour tous les âges.

éditions Alire
ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

Parlez d’Imaginaire au Québec, et l’on se tourne rapidement vers les éditions Alire, une institution. Louise Alain, sa confondatrice s’en frotte les mains : « Le polar l’an dernier, et les littératures de l’Imaginaire cette année, enfin : nous le demandions depuis des années ! Il y a des choses qui changent dans ce salon ! » Et pas qu’un peu, au demeurant. 
 

Une évolution chez les éditeurs


Au-delà de cette figure de proue, le marché se restreignait pourtant à quelques autres maisons, très identifiées. Cependant des mouvements visibles montrent que l’édition évolue. La création de la maison Kata, par Luca Palladino (un ancien des éditions Comme des géants) en serait un indicateur fort. Tourné vers le roman graphique et la dystopie, cet éditeur apporte un vent de nouveauté, comme d’autres.
 
Chez La Peuplade arrivent des projets éditoriaux qui seraient classables et sont classés dans le domaine de l’Imaginaire. Ce qui se passe, c’est que les maisons décloisonnent : Isabelle Gaudet-Labine a fait paraître un recueil de poésie de science-fiction Nous rêvions de robots, quand Paul Kawczak publie Ténèbre, un roman multiple et étonnant. Et une autrice danoise arrive dans le catalogue avec un ouvrage aux résonnances classiques : Les employés d'Olga Ravn (trad. Leila Flink Thullesen et Christine Berlioz) raconte l'histoire de robots dans un vaisseau spatial, qui prennent soin d'objets vivants... le tout présenté sous la forme de rapport, comme des audits...

« On va chercher de nouveaux lecteurs, avec une approche qui n’est pas celle du visuel de couverture traditionnel. Les lecteurs québécois savent faire preuve de curiosité : les thèmes les intéressent, plus que le genre en soi », nous confie Paul Kawczak.

C’est que l’on dépasse finalement l’étiquette des genres, pour présenter au public des livres à travers les thèmes qu’ils portent. De quoi toucher les lecteurs de science-fiction, mais en allant plus loin. Tout en partant à la conquête du monde — comme les éditions Alto qui ont vendu à Folio SF le livre de Karoline Georges, De synthèse. 
 

L'époque est aux mutations


Et l’on pourrait multiplier les exemples : Le Quartanier vient de monter la collection Parallèle, avec un premier roman de Grégoire Courtois – libraire à Auxerre ! – Les agents. Ou encore les éditions Tryptique (groupe Nota Bene), qui ouvrent aussi leur collection dédiée au genre, avec science-fiction et fantastique, mais à leur manière. La diversité éditoriale est en marche : désormais, l’Imaginaire part à la conquête de ses lettres de noblesse, par ses propres moyens.

Impossible de passer à côté de Véronique Drouin, qui publie chez Les Malins C.R.A.A.V, un ouvrage jeunesse, genre de roman proche de Hunger Games. Ou encore Heritage qui expérimente d’autres approches encore. Et puis, Six brumes, la maison, procède à la réédition de son catalogue, et se replace en librairie, après avoir essuyé quelques déboires avec leur distributeur : une renaissance...

Peut-être manque-t-il encore une production de fantasy québécoise, à l’image de ce que Mnemos peut proposer en France : le territoire ne manque pas d’écrivains qui attendent de pouvoir proposer ce type d’ouvrage. Mais en l’absence de maisons d’édition. Jean Philippe Swarovski n’est pourtant pas seul : ici, il ne trouverait peut-être pas d'éditeur pour ses livres…

Au cours de cette journée, au salon, sera remis le prix des Horizons Imaginaires, mais également présentée l’initiative Cap sur l’imaginaire. La machine est en route, avec pour projet avoué de vaincre un paradoxe terrible : Margaret Atwood et 1984 ont de nombreux lecteurs, mais on continue de redouter l’Imaginaire. Une récompense qui est maintenant portée par d'anciennes membres de son jury, devenues porte-paroles autant qu'ambassadrices de ceux qui furent les mauvais genres...

Comme le chante Dylan, « Time they are a changin… » 


Toute la programmation de la journée.
 

Dossier : Salon du livre de Montréal 2019 : Se raconter


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