Coup de théâtre en Avignon : 12 h de représentation pour 2666 de Roberto Bolaño

Joséphine Leroy - 08.07.2016

Culture, Arts et Lettres - Théatre - festival Avignon Roberto Bolano - théâtre 2666 adaptation - Bolano Houellebecq Gosselin


Le 70e Festival d’Avignon accélère la cadence. Le metteur en scène Julien Gosselin, qui s’était déjà illustré dans une adaptation théâtrale des Particules élémentaires de Houellebecq en 2013, propose aux spectateurs une nouvelle aventure : l’adaptation sur les planches de 2666 de Roberto Bolaño (éd. Christian Bourgois, trad. de l’espagnol par Robert Amutio), un livre inachevé mais inscrit dans un immense projet d’écriture. Tout aussi monstrueux, le projet théâtral engagé par Julien Gosselin, le metteur en scène, qui a décidé d’adapter la pièce en douze heures, avec quatre entractes. 

 

Day #352 a thick book

(Martin Weller / CC BY-NC 2.0)

 

 

Julien Gosselin propose une nouvelle fois le texte de Roberto Bolaño au théâtre dans une version marathon de douze heures (avec quatre entractes, pour rassurer les spectateurs du Festival d’Avignon, où la pièce est représentée). Roman inachevé, cet ouvrage avait été publié en 2004, après la mort de l’auteur et sans suivre les recommandations de celui-ci. 

 

L’écrivain chilien voulait que 2666 soit publié en cinq volumes, au regard des cinq parties du roman, pour permettre à ses enfants de toucher des revenus après sa mort qu’il savait prochaine (il attendait une greffe du foie).

 

Il avait confié cette tâche à Ignacio Echevarría ainsi qu’à son éditeur, Jorge Herralde. Les deux hommes ne suivront pas les dernières volontés de Roberto Bolaño et publieront ce livre au cheminement sinueux en un volume de 1000 pages. (via Wikipedia)

 

Avec cinq histoires séparées les unes des autres, le roman préserve deux fils conducteurs : le mythe de l’écrivain allemand Benno von Archimboldi et Santa Teresa, la ville mexicaine où les meurtres de femmes saturent l’atmosphère. Pour ces assassinats, Roberto Bolaño s’était documenté sur un fait divers, à savoir celui des meurtres de femmes de Ciudad Juárez. À sa sortie en 2004, le roman avait été récompensé par le prix de la ville de Barcelone. Un an plus tard, en 2005, le jury du prix Salambó le célébrait à son tour. 

 

Julien Gosselin et son collectif Si Vous Pouviez Lécher Mon Cœur avaient présenté l’adaptation théâtrale une première fois en avant-première, début 2016, au théâtre Phénix à Valenciennes ce 18 juin. Ce texte difficile peut perdre son lecteur par moments, notamment par ses digressions philosophiques. Comment le rendre entraînant pour le spectateur ?

 

À cette question, le metteur en scène, Julien Gosselin répond qu’il ne se donne pas pour objectif de divertir le spectateur : « Je ressens une sorte de perdition chez les spectateurs, mais en même temps, c’est exactement ce que cela raconte », a-t-il confié à l’AFP. « Je ne suis pas là pour simplifier l’œuvre, ou la rendre plus vivable, je suis là pour qu’il y ait une sorte de voyage littéraire complexe. » 

 

Le metteur en scène en a fait un spectacle résolument axé sur le visuel. L’image prend une place prépondérante. Mais pour Julien Gosselin, il reste du travail à faire : « Il reste un gros travail d’affinage à faire. Pour Les Particules élémentaires, on a travaillé trois mois pour monter quatre heures de théâtre. Là, on a travaillé quatre mois pour monter dix heures de théâtre ! » 

 

Car le metteur en scène n’en est pas à son premier essai. Amusé par le livre de Houellebecq, il avait entrepris l’adaptation des Particules élémentaires en 2013 : 

 

 

 

Une grande curiosité entoure cette nouvelle adaptation. La pièce 2666 sera montrée au théâtre de l’Odéon en septembre 2016.