Daniel Picouly dans les quartiers : on se tape des barres

Clément Solym - 19.09.2012

Culture, Arts et Lettres - Salons - Daniel Picouly - lecture dans les quartiers - Batigère


À quelques kilomètres de Nancy, les barres dessinent une drôle de géographie : Anjou, Alsace, Touraine, Argonne... Les noms paraissent presque exotiques, tant l'impression d'entrer dans une autre ville, un autre pays, est forte. Le quartier et ses habitants nous accueillent comme des hôtes. Dans une petite salle du centre d'activités, ils s'apprêtent à faire de même avec Daniel Picouly.

 

 

 

 

Daniel Picouly est partout : en centre-ville, les adaptations en dessin animé de Lulu Vroumette tournent en boucle sur des écrans géants, et il vient de donner la parole aux enfants sagement installés devant lui, aux « Provinces », à côté de Laxou. 25 années de carrière en tant que professeur à l'appui, Picouly encourage l'audace de l'enfance : « Pourquoi vous écrivez ? », on peut pas plus direct. « J'ai commencé à écrire pour me débarrasser de mes soeurs », commence l'écrivain. Les parents, rassemblés au fond de la petite salle, n'ont même pas l'air choqués.

 

« C'était la honte de les accompagner à l'école... Les filles, ça adore les histoires : je leur en racontais une, et elles partaient devant, toutes seules, quand on s'approchait de l'école. » L'histoire se termine bien : les soeurs ne se sont jamais perdues. 11e d'une fratrie de 13 enfants, on imagine que le petit Daniel a vite su comment captiver son auditoire, et il invite chacun à le faire. « Il n'arrive d'histoires qu'à ceux qui savent les raconter » : le type a le sens de la formule, et en use dans les interviews.

 

L'auteur de La nuit de Lampedusa s'essaye au théâtre. L'exercice lui va bien : entre les confidences (la conception de son premier roman à partir de « lettres d'amour récupérées à la décharge ») et le cabotinage (« Si vous voulez écrire, commencez par vous abonner à Nous Deux »), Picouly glisse des traits libertaires : « On est tous doués pour la violence, le meurtre : commencez plutôt par écrire un roman policier » conseille-t-il aux potentiels écrivains de 7 à 77 ans.

 

Le quartier en désuétude à l'étude

 

Cette « décentralisation » du Livre sur la Place, le salon littéraire de Nancy, a été initiée par Batigère Nord-Est, le bailleur social du « quartier d'implantation ». Une série d'animations autour du livre, simultanément au salon, permettent d'étendre l'audience de ce dernier. « Malheureusement, c'est une évidence : et cette fracture entre le livre et certains territoires n'est que la traduction d'inégalités » explique Daniel Picouly.

 

Alors, bien sûr, l'entreprise sociale pour l'habitat n'a pas misé uniquement sur le livre : son association avec Le Livre sur la Place est la « seule opération dans l'année » pour la lecture, admet Pascale Pron, de l'agence de Nancy. Mais il y a d'autres fronts, comme Cité Sculpture ou le Challenge Batigère Basket : entre la Lorraine et le Rhône-Alpes, 3000 jeunes prennent part à cette dernière.

 

« Toutes nos opérations misent sur deux tableaux : le travail dans un cadre scolaire et pédagogique, et les rencontres avec les professionnels concernés. Nous travaillons beaucoup avec les associations, sur place toute l'année. » La médiathèque est pourtant à 2 rues de distance, mais il manque la « plus-value » de l'opération ponctuelle, médiatique, « qui est indispensable pour montrer aux enfants que lire ou écrire peut être intéressant. »

 

La réponse politique pour la lecture

  

En plus de quelques-uns des 1000 livres mis à disposition par la mairie, les enfants pourront s'entraîner à l'art du récit, une fois rentrés chez eux : si Picouly est aussi bon sur scène que ce jour-là, la réservation s'impose. Attentif sans jamais être sentencieux, vif et drôle, l'auteur de Lulu grand chef a sûrement été une bête de professeur.

 

Des confrères de l'écrivain participent à la même opération : Isabelle Autissier se partage entre Saint-Max et Malzéville, Alain Mabanckou investit Jarville tandis qu'Abd Al Malik compte bien rattraper sa date en octobre.

 

La salle était comble, mais il y avait peut-être un décalage entre le public et la cible de la visite : beaucoup d'enfants d'élus municipaux dans les rangs, mais qu'importe : « Le livre intéresse toujours avec ce genre d'actions » affirme à juste titre Daniel Picouly. Indubitablement, la lecture a encore besoin « d'une véritable réponse politique » pour être accessible aux enfants du quartier.