Dans les abattoirs, des conditions de travail et de vie désastreuses

Cécile Mazin - 29.04.2016

Culture, Arts et Lettres - Cinéma - viandes animaux abattoirs - cruauté animaux tuer - cadence travail infernale


Une immersion dans un abattoir, au plus près de ceux qui y travaillent au rythme de cadences infernales. En parallèle du débat sur la souffrance animale, le reflet rare et poignant d’un monde ouvrier prétendument disparu. Dans un bruit assourdissant, ils assomment, saignent, découpent, désossent, répétant, toujours debout et jusqu’au vertige, les mêmes gestes avec précision.

 

 

 

Dans cet abattoir moderne de Vitré, en Ille-et-Vilaine, où quelque 600 bovins et 1 200 agneaux sont débités chaque jour en un flux ininterrompu de crochets, les cadences sur les chaînes de travail interdisent la moindre erreur, sous peine d’accidents, qui s’avèrent fréquents. Précarité, pénibilité, douleurs physiques et morales : ces prolétaires invisibles, occultés et niés par la société de consommation, vieillissent prématurément, sans réel espoir d’évolution.

 

Le temps d’une pause ou dans les vestiaires, ils disent leurs difficultés, leur métier déprécié et l’impossibilité d’en parler, même à des proches.

 

Pendant un an, délibérément loin des débats récurrents dénonçant la souffrance animale, Raphaël Girardot et Vincent Gaullier ont suivi les ouvriers oubliés de ce hall d’abattage, filmé leur savoir-faire et écouté leurs souffrances. Le film montre aussi la constante pression de la hiérarchie, l’hygiénisme et les chiffres à atteindre, malgré des outils de travail (couteaux, scies) aussi dangereux que « le fusil d’un soldat à la guerre », pour un salaire de misère. 

 

À retrouver sur Arte, ce vendredi 27 mai à 23 h 15 ou un extrait ci-dessous, ou là.

 

 

 

Et pour rester dans cette thématique, signalons la sortie du livre de Stéphane Geffroy, mi-avril, À l’abattoir, aux éditions Seuil. 

 

Stéphane travaille depuis 25 ans sur la chaîne d’abattage d’un grand groupe agro-alimentaire de l’ouest de la France. Il est " tueur ", un emploi qui en a détourné plus d’un, car il expose directement à la mort des bêtes en même temps qu’il casse les hommes. Un des plus anciens de son usine, Stéphane a vu sa vie professionnelle prendre un nouveau départ grâce à son engagement syndical dans un milieu qui y était initialement hostile. L’expérience de juré a également été transformatrice pour le regard qu’il porte sur son itinéraire professionnel et, plus généralement, sur lui-même.

 

 

 

Ou encore, celui, plus ancien, de Lionel Courtot, et qu’avait préfacé en 2011 Allain Bougrain Dubourg, Le sang des abattoirs. Il racontait comment des animaux en fuite tentaient d’échapper à leur univers circassien et trouvent refuge dans un hall abandonné. Dans cette aventure était embarqué un chien, trait d’union entre les hommes et les bêtes. Ensemble, ils découvrent et exposent au lecteur l’horreur des abattoirs et défieront la cruauté des humains....