De la tragédie à la série noire pour Bertrand Cantat

Clément Solym - 09.04.2011

Culture, Arts et Lettres - Expositions - sophocle - avignon - canada


Après l’intervention de Jean-Louis Trintignant, traitant l’ancien chanteur de Noir désir de tous les jolis noms d’oiseaux, ce dernier avait décidé d’annuler sa venue à Avignon. Il devait y jouer dans le spectacle du Libano-Canadien, Wajdi Mouawad, une reprise de trois pièces de Sophocle.

Mais voilà : l’intervention de Trintignant fait changer Cantat d’avis, et le metteur en scène, qui avait chargé Cantat de composer la musique pour le choeur de ses pièces, annonce que Bertrand ne viendra pas à Avignon.
Trintingnant, qui devait assurer la lecture de poèmes de Prévert, Vian ou encore Desnos, explique qu’en la présence de Cantat, il préfère annuler sa venue. Cantat s’incline et décline.

Autre retournement, dans cette tragique histoire. Car c’est désormais le Canada qui ne veut plus de lui. Suite à une lourde vague de protestations, Bertrand Cantat se retrouve persona non grata à Montréal comme à Ottawa, où doit se produire le spectacle, ainsi que l’annonce la direction du Théâtre du Nouveau Monde.

Si la nouvelle est connue, elle sera officiellement annoncée le 18 avril prochain, ainsi que l’a expliqué la directrice du TNW, Lorraine Pintal.
En effet, la législation du Canada interdit à toute personne condamnée d’entrer sur son territoire - où l’homicide est condamné par la prison à vie. La présence du chanteur avait ainsi provoqué un vif débat, au point de devenir un sujet dans la campagne des législatives qui se déroule actuellement.

Parmi les partisans de Trintignant, on retrouve manifestement François Cluzet, qui sur Europe 1 déplore que « le problème de Bertrand Cantat, c'est qu'il a l'air de vouloir oublier ses responsabilités ». Et d’ajouter : « Il a payé. Il a fait de la prison (...). Mais c'est tout à fait désobligeant de voir que ce type-là va être à nouveau applaudi. »

Pour la direction du Festival d’Avignon, cité dans l’édition du jour du Monde, il n’y a pas d’affaire Cantat. « Il a purgé sa peine, il doit pouvoir retrouver une activité professionnelle », considère Vincent Badudriller, co-directeur. Et de souligner que ce spectacle « faisait aussi partie d'un processus de réinsertion d'un homme, musicien, qui prenait une place discrète dans un projet cohérent ».