De nouvelles couleurs pour la collection Maciet à la bibliothèque des Arts Déco

Laure Besnier - 20.10.2017

Culture, Arts et Lettres - Expositions - Bibliothèque Arts déco - collection Maciet Arts Décoratifs - Mehryl Levisse


La semaine dernière, la bibliothèque des Arts Décoratifs inaugurait son exposition « De l'importance du motif. Jules Maciet ou l'utopie du classement » dans laquelle le plasticien Mehryl Levisse met en valeur les livres d’images créés par le bienfaiteur de la bibliothèque, Jules Maciet, en les recouvrant de papier peint. Mehryl Levisse nous emmène visiter son œuvre éphémère, qu'il est possible de voir jusqu'au 10 janvier 2018.


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(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 


Habituellement, les livres d’images de la collection Maciet se repèrent grâce à leur couleur morne et identique. Jules Maciet, né en 1846 et mort en 1911, était un amateur d’art et un généreux donateur de la bibliothèque des Arts Décoratifs.

Constatant qu’il apprenait plus du monde à travers des photographies ou des expositions, il entreprend de créer une bibliothèque d’images, avec une collection d’un million d’images en 5000 albums. Afin que tout soit accessible très facilement, il les classe dans l’ordre alphabétique à travers 494 catégories. Depuis, la collection Maciet est un patrimoine de premier plan pour la bibliothèque des Arts Décoratifs. 

Aujourd’hui, les livres de Maciet se signalent ou se dérobent, selon un jeu de couleur et de motif, aux yeux du spectateur. Mehryl Levisse est passé par là, amenant une touche de gaité. Le plasticien est plutôt connu pour ses créations atypiques : masques d’animaux, monstres, corps morcelés, tapisseries revisitées, décors dans lesquels il se met en scène... Et qu’il photographie. Mais c’était sans compter sa manie de collectionneur. 
 

« À 30 ans, j’ai déjà une démarche de collectionneur », affirme Mehryl Levisse. Il entrepose tapis, tissus, taxidermie, crâne, objets, costumes… Et joue avec dans ses créations. Aussi, après avoir été repéré par Chantal Lachkar, directrice des Arts décoratifs et future commissaire de l’exposition, il est invité à se réapproprier la collection d'un autre.

 

Chantal Lachkar cherchait un artiste avec des « adéquations, des empathies et des modes de faisabilité » : bingo. L’exposition naît après un travail de trois ans, pendant lequel Mehryl Levisse développe sa propre collection de papiers peints. Si près de 200 papiers peints sont issus de cette dernière, il a aussi été aidé par le fabricant de papiers peints 4murs, par Castorama La Défense et par le département des papiers peints des Arts Décoratifs.

 

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« J’ai fait le choix de recouvrir toutes les catégories, y compris les sous-catégories créées par Maciet. [...] Il y a 494 catégories, mais en plus il y a des catégories bis, des catégories ter et des catégories A, B et C. Ce qui fait qu’au final il y a 562 papiers peints » nous explique Mehryl Levisse. Seulement, l’artiste ne voulait pas tapisser tous les livres, au risque que le spectateur ne s’y abîme les yeux.

 

Aussi, il s’est aidé d’un mathématicien pour créer un algorithme qui a permis de définir le nombre d’albums à recouvrir dans chaque catégorie. Pour respecter l’intégrité des livres, le papier peint y est posé, plié et les étiquettes sur le côté du livre ont été refaites à l’identique. En tout, on dénombre 562 papiers peints différents, soit 4 kilomètres de papier et presque 600 kilos. Il a fallu toute une équipe pour couper les pochettes une par une : la longueur classique d’un papier peint étant de 53 centimètres et celle des livres de Jules Maciet, 52 centimètres. 

 

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Mehryl Levisse insiste : « c’est vraiment un choix subjectif de ma part, le choix des papiers peints sur les catégories […] Parfois j’illustre parfaitement la catégorie, il y a un rapport direct visuel, parfois je vais complètement à l’opposé. Par exemple la catégorie peinture de paysage est complètement noire. C’est un jeu complètement personnel que j’ai fait. Je me suis beaucoup amusé à jouer avec le spectateur ».

 

Finalement, l'objectif est que le « spectateur, ou l’habitué de la bibliothèque ait envie de toucher les livres […], qu’il ait envie d’ouvrir l’album plus pour le contenant que le contenu, qu’il y ait un choix subjectif et personnel qui se mette en place ». L'artiste conclut en précisant que l'exposition était intrinsèquement destinée à être éphémère puisque le papier peint, fragile, va s'abîmer et ne sera pas remplacé. 


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Pour voir une vidéo du travail de Mehryl Levisse, c'est à cette adresse

Entrée libre aux heures d’ouverture de la Bibliothèque.
111 rue de Rivoli, 75001 Paris.