De plus en plus de financements privés pour les manifestations littéraires

Antoine Oury - 16.01.2018

Culture, Arts et Lettres - Salons - manifestations littéraires CNL - manifestations littéraires économie - manifestations littéraires financement


Le Centre national du Livre a passé au crible les manifestations littéraires qu'il soutient pour évaluer leur contribution à l'attractivité et au rayonnement des territoires, mais aussi les retombées économiques pour la filière du livre. L'objectif de cette étude est aussi d'identifier les problématiques rencontrées par les manifestations, ainsi que les défis à venir. Sans surprise, c'est le financement qui apparaît de plus en plus problématique, dans un contexte budgétaire contraint.


Lire en poche 2017
Lire en Poche 2017, à Gradignan (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)


 

Chaque année, le Centre national du Livre (CNL) soutient en moyenne 90 manifestations littéraires, à hauteur de 20.000 €, toujours en moyenne, pour une enveloppe de soutien totale de 2 millions € par an. Le CNL a sélectionné 50 de ses manifestations pour les besoins de cette étude, en excluant les salons littéraires d'Île-de-France, d'outre-mer et des 15 plus grandes villes de France. Outre la collecte de données institutionnelles, un questionnaire a été rempli et des entretiens menés pour obtenir les résultats présentés.



 

Parmi les manifestations soutenues par le CNL, 50 % proposent une entrée gratuite, qui n'est « pas nécessairement le gage d’une fréquentation élevée », prend soin de préciser le Centre. 90 % des manifestations visent d’abord le grand public, 93 % d'entre elles programment des activités d’éducation artistique et culturelle (EAC) et 73 % programment des activités spécifiques à destination des publics empêchés.

 

75 % des organisateurs déclarent que leur manifestation vise prioritairement l’élargissement du public du livre et de la lecture, ce qui semble bien le minimum... 

 

Le CNL dénombre près de 4000 partenaires mobilisés pour les manifestations littéraires. 8 % sont des établissements culturels (théâtre, cinéma...), soit 9 établissements culturels en moyenne par manifestation, et 58 % de ces partenaires culturels sont d’abord locaux et accueillent souvent les manifestations en leur sein. En retour, les salons littéraires sont l'occasion de valoriser ces lieux patrimoniaux. Les manifestations ne sont pas seulement l'occasion de vendre des livres : l'interdisciplinarité est au cœur des programmations, avec du théâtre, de la musique et du cinéma.

 

84 % des organisateurs font appel à des bénévoles pour organiser ou dynamiser leurs manifestations, et 77 % des personnes mobilisées dans l’organisation des manifestations sont bénévoles, signe de l’importance que portent les gens, notamment les locaux, aux manifestations littéraires et à leur existence pérenne sur un territoire. Cela dit, signale le CNL un peu plus loin, 15 intérimaires sont mobilisés en moyenne par les manifestations littéraires. Par ailleurs, 3,5 emplois CDI (chiffre médian) sont spécifiquement dédiés, en totalité ou en partie, aux manifestations littéraires.

 

Au sein de la filière du livre, l'organisation des manifestations littéraires permet de rapprocher les différents acteurs, mais aussi les secteurs marchands et non marchands. 81 % des manifestations ont noué un partenariat avec les bibliothèques/médiathèques de leurs territoires, soit un total de 570 médiathèques mobilisées. 304 librairies ont été mobilisées, soit 8 librairies en moyenne par manifestation. Enfin, 87 % des manifestations littéraires associent les éditeurs locaux ou nationaux à leur événement.

 

Les bibliothèques sont centrales dans l'organisation des manifestations littéraires : 32 % des organisateurs mobilisent les bibliothécaires pour participer à la conception et à la programmation de leur événement, et 70 % les sollicitent pour mener des actions de médiation auprès de publics spécifiques.

 

Financements et retombées économiques

 

Parlons chiffres, à présent : si les partenaires institutionnels locaux abondent à 64 % du budget des manifestations littéraires (la subvention moyenne versée par une ville à une manifestation littéraire représente entre 0,1 % et 0,5 % du budget de la commune), le contexte contraint oblige à un financement privé de plus en plus important. Les organisateurs soulignent ainsi la nécessité de renforcer les liens avec les acteurs privés.

Si l'enjeu, pour ces derniers, « est d’abord de démontrer l’adéquation entre leurs discours et leurs actes, à travers des valeurs positives », la question de la rentabilité est bel et bien posée. L'impact financier pour ces mécènes est difficile à mesurer, indique le CNL.

 

Pour les acteurs de la chaîne du livre, il est quantifiable : les manifestations ont un impact direct sur le chiffre d’affaires des libraires qui réalisent, pendant l’événement, un chiffre d’affaires médian d’environ 30 000 €, avec une dépense moyenne en achat de livres comprise entre 10 et 29 €, indique le CNL. Par ailleurs, la rémunération des auteurs, rendue obligatoire par le CNL dès lors qu'il finance l'événement, a atteint plus d'un million € lors de l'année écoulée.

 

Par ailleurs, la majorité des dépenses de prestations faites par les organisateurs des manifestations bénéficie aux prestataires locaux (11 en moyenne), pour un montant médian de 41.000 €, dont près de 25.000 € directement injectés dans le territoire. Pour ses invités, une manifestation dépense environ 32.628 € dans l’hôtellerie, la restauration et les transports, secteurs qui bénéficient aussi des dépenses du public.

 

Les principales problématiques, outre le financement évoqué ci-dessus, se retrouvent désormais du côté de la sécurité et de l'accessibilité des manifestations : en 3 ans, les dépenses de sécurité de 68 %, et représentent 2 % de leur budget global, avec un budget moyen de 13 890 € par manifestation. Victimes de leur succès, certaines manifestations ont ainsi du mal à accueillir correctement leurs visiteurs.

 

Un fonds d'urgence pour financer la sécurité
des festivals littéraires (CNL)

 

Enfin, la visibilité médiatique des salons est un sujet de préoccupation, alors que l'offre en la matière est très riche : 74 % des articles de presse écrite sur les manifestations littéraires sont recensés dans la presse locale, mais l'irruption de mécènes privés risque d'accroître la nécessité d'obtenir des retombées dans les médias...

La synthèse de l'étude est disponible ci-dessous.

 




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