Denis Mukwege, Nadia Remadna et Véronique Comolet, Prix Grand Témoin 2017

Antoine Oury - 04.12.2017

Culture, Arts et Lettres - Récompenses - Prix Grand Témoin 2017 - Prix Grand Témoin - Denis Mukwege livre


La mutuelle La France Mutualiste a remis son 15e Prix Grand Témoin le jeudi 30 novembre dernier, sous le patronage de François de Rugy, président de l'Assemblée nationale. Plaidoyer pour la vie, de Denis Mukwege, aux éditions l’Archipel, Comment j’ai sauvé mes enfants, de Nadia Remadna, aux éditions Calmann–Lévy et Toute fin est une histoire, de Véronique Comolet, aux éditions Équateur, ont été récompensés.

 

Nadia Remadna, Denis Mukwege et Véronique Comolet
 


Fidèle à son devoir de mémoire, La France Mutualiste remet chaque année depuis 2003 son Prix Grand Témoin. Il récompense des auteurs de livres récents ayant relaté des situations de conflits ou d’engagement à travers un essai, un roman, une nouvelle, un livre d’actualité, un livre d’entretiens ou un récit historique.

 

Le thème de cette année 2017 était « L’engagement citoyen, les héros d’aujourd’hui ».

 

Prix du Jury Junior

 

Plaidoyer pour la vie de Denis Mukwege, aux éditions l’Archipel

 

L'homme qui « répare » les femmes. Il a connu la notoriété pour l'aide apportée aux femmes victimes d'abus sexuels durant les guerres en cours dans l'Est du Congo. Il a réchappé à de nombreuses tentatives d'assassinats, dont la dernière en 2014. Et, s'il côtoie des célébrités, il a aussi de très dangereux ennemis : la vie de Denis Mukwege est toujours menacée. C'est en découvrant les difficultés rencontrées au Congo par les femmes enceintes pour accéder à des soins adaptés que le Dr Mukwege trouva sa vocation. Depuis, il a fondé son propre hôpital, où il soigne les femmes victimes de violences sexuelles. En dépit des menaces qu'il reçoit, Denis Mukwege continue à se battre pour ces femmes. Pour raconter leur histoire, et la sienne.

 

Prix du Grand Jury

 

Comment j’ai sauvé mes enfants de Nadia Remadna, aux éditions Calmann–Lévy

 

Question banlieue, on croit avoir entendu tout le monde et tout essayé. C'est faux. Les mères n'ont que rarement eu voix au chapitre. Émeutes dans les banlieues, tuerie de Charlie Hebdo, les éternels experts parlent entre eux, mais rien ne change. La précarité, l'échec scolaire, le chômage, la violence, la radicalisation, tout empire. Et qui soigne, qui console, qui pleure ? Les mères, toujours les mères. Nadia Remadna est l'une de ces mères qui, en 50 ans de vie passés entre l'Algérie et la France, notamment à Sevran, cité sacrifiée d'un département rejeté, a tout vu : les profs qui peinent à enseigner, ses collègues assistantes sociales dépassées, les dealers qui recrutent les gamins déscolarisés, les embrouilles qui finissent en prison, les jeunes policiers apeurés, l'islamisation en marche jusque dans son salon. Pourtant, Nadia Remadna refuse de parler de fatalité et de s'accommoder de la misère ; elle a créé pour cela l'association la Brigade des mères pour aider les familles dans les quartiers et éviter les dérives. Dans ce livre, composé de 40 petits chapitres rythmés à la manière de saynètes de stand-up, elle raconte avec un humour ravageur et beaucoup de finesse comment elle a sauvé ses enfants.

 

Prix spécial des Jurys

 

Toute fin est une histoire de Véronique Comolet, aux éditions Équateur

 

Accompagner. Des hommes et des femmes en fin de vie. Tel est le récit de cette femme qui est aux côtés des malades et de leurs proches chaque semaine au sein d'une unité palliative. Elle raconte des existences qui s'en vont, l'adieu au vivant, mais il n'y a rien de morbide ou de mortifère dans ce témoignage extraordinairement lumineux. Souvent c'est un échange de regards, une main tendue, un sourire qui relient à la vie. Il y a des personnes âgées, mais aussi des jeunes gens foudroyés par la maladie. La qualité de ce récit est qu'il est paradoxalement plein de vie et d'éclat. En quelques minutes, dans un étonnant précipité, les patients racontent leur vie, allant à l'essentiel comme s'il n'y avait plus une minute à perdre. Il faut écouter, recueillir les mots, les pleurs et accepter le silence. C'est parfois cocasse, toujours bouleversant, terriblement émouvant. La mort est violente, scandaleuse, bouscule à chaque instant. Elle est libératrice, déchirante, sereine ou intolérable, mais il faut parler de cette mort tant redoutée. Chaque chapitre très court, enlevé, est un morceau d'une vie extraordinaire. C'est le quotidien le plus nu, le plus désarmé, mais ça dépasse en intensité et en force toute fiction ou toute histoire romanesque. Véronique Comolet ne s'embarrasse pas de littérature, de lyrisme ou de pathos, mais elle raconte en toute humilité la souffrance de notre humanité défaite. Par sa modestie, sa vivacité de ton, ce livre fait preuve d'une intense spiritualité.



Denis Mukwege - Plaidoyer pour la vie - L'Archipel - 9782809820539 - 20 €
Nadia Remadna - Comment j’ai sauvé mes enfants - Calmann-Lévy - 9782702158593 - 17 €
Véronique Comolet - Toute fin est une histoire - Équateur - 9782849904718 - 18 €
 

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